À Bakou, le ministre Aboubakar Nacanabo a apposé sa signature sur un nouvel accord de financement avec la Société internationale islamique de financement du commerce (ITFC). Ce partenariat, qui porte sur l’approvisionnement en carburant, céréales, engrais et le soutien aux PME, injecte des ressources vitales dans l’économie burkinabè. Une bouffée d’oxygène pour le marché national, mais également un rappel cinglant de la réalité pour l’opinion publique.
Une signature discrète aux conséquences majeures
Cet accord, bien que passé presque inaperçu des caméras locales, revêt une importance capitale pour la vie quotidienne des Burkinabè. En sécurisant ces approvisionnements depuis l’Azerbaïdjan, le gouvernement garantit la continuité des stocks d’engrais nécessaires aux campagnes agricoles et la stabilité des prix à la pompe. Sans cet apport financier, maintenir ces équilibres serait un défi insurmontable.
Le décalage entre le discours et la pratique
Pourtant, cette transaction soulève des interrogations. Depuis plusieurs mois, un refrain bien rodé résonne dans les discours officiels et les rassemblements populaires : le Burkina Faso se développerait « sur fonds propres », fièrement incarné par le slogan « y’a pas crédit dedans ». Cette rhétorique de l’autosuffisance séduit, mais elle se heurte à la dure réalité de la géopolitique économique. Comment un pays qui proclame haut et fort pouvoir se passer de l’aide extérieure se trouve-t-il à signer des accords de financement aussi massifs à des milliers de kilomètres de Ouagadougou ?
L’illusion du « zéro dette » et ses risques
L’idée d’une indépendance financière totale est confortable, mais elle dissimule un effet boomerang redoutable. En refusant de reconnaître cette dépendance, une grande partie de la population ne mesure pas encore le niveau réel d’endettement du pays. Demain, le réveil pourrait être brutal : le Burkina Faso risquerait de se retrouver tout aussi étranglé par la dette qu’il ne l’était par le passé, avec en prime les slogans.
L’économie obéit à des lois que la politique ne peut contourner. Financer le développement par l’effort national est une ambition louable, mais pour l’instant, le quotidien des Burkinabè dépend encore largement de la signature de tels accords internationaux.