Ce qui se cache derrière les constructions qui s’effondrent ou les routes qui se dégradent au Burkina Faso n’est pas une fatalité. C’est le résultat d’un manquement systémique à des règles pourtant strictes : l’exercice illégal de la profession d’ingénieur en génie civil. Lors d’une rencontre exclusive avec les médias, le président de l’Ordre des ingénieurs en génie civil du Burkina Faso (OIGC-BF), Ousmane Honoré Ouédraogo, a levé le voile sur les mécanismes qui menacent la qualité des infrastructures du pays. Entre négligences légales, absence de contrôle et concurrence déloyale, les dessous d’une crise silencieuse ont été exposés sans fard.
Des infrastructures sous haute tension : quand les règles de l’art sont ignorées
Chaque édifice, chaque ouvrage d’art ou chaque route qui traverse le Burkina Faso porte en lui une promesse de sécurité et de durabilité. Pourtant, derrière cette apparence se cache une réalité préoccupante : la présence croissante d’acteurs non qualifiés dans le secteur du génie civil. Ces derniers, en contournant les obligations légales, exposent les citoyens à des risques majeurs. Ousmane Honoré Ouédraogo, président de l’OIGC-BF, a mis en lumière ce phénomène lors d’un déjeuner de presse organisé à Ouagadougou. L’objectif ? Rappeler que la souveraineté d’une nation repose aussi sur la rigueur technique de ses infrastructures.
« Un pont, une école ou un hôpital mal conçu ou mal contrôlé peut devenir une menace pour des centaines, voire des milliers de personnes », a-t-il alerté. Le président de l’Ordre insiste : la qualité des constructions ne relève pas du hasard, mais d’un cadre réglementaire strict, conçu pour protéger les citoyens et les investissements publics.

Une loi claire, des manquements criants : le fléau de l’exercice illégal
Au cœur du problème, un texte souvent méconnu mais pourtant essentiel : la loi n° 020-2012/AN du 10 mai 2012. Cette loi encadre strictement l’exercice de la profession d’ingénieur en génie civil au Burkina Faso. Pourtant, son application reste inégale. Ousmane Honoré Ouédraogo a rappelé les dispositions clés de ce texte, notamment son article 8, qui stipule que nul ne peut exercer sans être inscrit au tableau de l’Ordre. L’article 68, quant à lui, qualifie d’exercice illégal le fait de travailler sans cette inscription ou, pour les ingénieurs-conseils, sans police d’assurance valide.
« Ces règles ne sont pas des contraintes bureaucratiques, ce sont des boucliers pour la société », a-t-il martelé. Pourtant, malgré ces garde-fous, des acteurs non habilités continuent de s’immiscer dans le secteur, mettant en péril la sécurité des infrastructures et la crédibilité des professionnels qualifiés.
Les sanctions qui pèsent sur les contrevenants
Les manquements à ces obligations ne restent pas impunis. Les contrevenants s’exposent à des peines sévères : emprisonnement, amendes, fermeture d’établissements, confiscation de matériel, voire exclusion des marchés publics. Pourtant, ces sanctions, bien que dissuasives sur le papier, peinent à être appliquées avec la rigueur nécessaire. Un constat qui interroge sur l’efficacité des mécanismes de contrôle et de répression au Burkina Faso.
Modernisation et coopération : les leviers pour un génie civil d’excellence
Face à ces défis, l’OIGC-BF a défini une feuille de route ambitieuse pour redonner ses lettres de noblesse à la profession. Parmi les priorités : la lutte contre l’exercice illégal, la mise en place d’une grille tarifaire des prestations d’ingénierie, et la modernisation des textes fondateurs. Ces mesures visent à renforcer la transparence, à garantir la qualité des prestations, et à offrir aux ingénieurs les moyens de travailler dans un cadre légal et sécurisé.
Mais l’ambition de l’Ordre ne s’arrête pas aux frontières du Burkina Faso. Dans une logique de coopération sous-régionale, l’OIGC-BF prépare, en partenariat avec les ordres professionnels du Mali et du Niger, les Journées scientifiques de l’ingénieur génie civil de l’Alliance des États du Sahel (AES). Prévues pour 2027, ces rencontres réuniront des experts du monde entier pour élaborer des normes techniques harmonisées, adaptées aux spécificités climatiques et géographiques du Sahel.
« Ces normes ne seront pas seulement des textes, mais des outils concrets pour bâtir un avenir plus sûr et plus durable », a souligné Ousmane Honoré Ouédraogo. Une initiative qui pourrait bien marquer un tournant dans la gestion des infrastructures en Afrique de l’Ouest.

Pourquoi la qualité des infrastructures est-elle un enjeu national ?
Au-delà des aspects techniques et juridiques, la qualité des infrastructures au Burkina Faso est un enjeu de souveraineté et de développement. Des routes mal conçues qui s’effritent, des bâtiments qui s’écroulent, des projets abandonnés : chaque défaillance a un coût humain, économique et social. Le génie civil n’est pas une discipline abstraite : c’est un pilier de la stabilité d’un pays. En garantissant des infrastructures sûres et durables, les ingénieurs contribuent directement à la sécurité des populations, à la croissance économique et à la réputation internationale du Burkina Faso.
Ousmane Honoré Ouédraogo a rappelé que les citoyens financent ces infrastructures via leurs impôts. Ils ont donc le droit de les voir réalisées dans les règles de l’art. « Un ouvrage mal conçu est un vol commis contre la nation », a-t-il lancé. Un message fort, qui rappelle que la responsabilité des ingénieurs ne se limite pas à leur expertise technique : elle s’étend à leur rôle de gardiens de l’intérêt général.
