Le Burkina Faso doit faire face à des défis majeurs en matière de droits humains, notamment dans le contexte d’un conflit armé persistant. La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) a l’opportunité, lors de son prochain examen du pays, d’insister sur les priorités urgentes à traiter. Parmi celles-ci figurent la protection des civils, le respect de l’espace civique pour les activistes, journalistes et opposants politiques, ainsi que la nécessité de rendre des comptes pour les graves abus commis.
Un examen crucial pour le respect des droits fondamentaux
La procédure d’examen des rapports des États, un mécanisme clé de l’Union africaine, évalue la conformité des pays à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Les États membres doivent soumettre des rapports détaillés sur les mesures prises pour appliquer les droits garantis par cette Charte. Cependant, le dernier rapport soumis par le Burkina Faso en mai 2023, couvrant la période 2015-2021, omet plusieurs enjeux majeurs actuels. Ces lacunes incluent les exactions commises par les forces de sécurité et les groupes armés islamistes, les restrictions des libertés fondamentales et l’impunité généralisée.
« L’examen du Burkina Faso par la CADHP représente une occasion idéale pour engager un dialogue constructif avec les autorités sur leurs pratiques en matière de droits humains », souligne Allan Ngari, directeur du plaidoyer pour l’Afrique à Human Rights Watch. « La CADHP doit exiger des autorités qu’elles placent la protection des civils au cœur de leurs opérations militaires et qu’elles respectent scrupuleusement le droit international humanitaire ».
Un conflit armé aux conséquences dramatiques
Le Burkina Faso est confronté depuis 2016 à une insurrection menée par des groupes armés islamistes, notamment le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), lié à Al-Qaïda, et l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS). Ces groupes ont infiltré le pays depuis le Mali, plongeant le Burkina Faso dans une crise sécuritaire sans précédent. Depuis 2022, deux coups d’État militaires ont également fragilisé la stabilité politique du pays.
Le rapport officiel du Burkina Faso met en avant les mesures prises pour lutter contre « l’extrémisme violent » et le terrorisme. Parmi ces initiatives figurent la création d’un pôle spécialisé dans l’enquête et la poursuite des infractions terroristes, ainsi que la mise en place de prévôts pour garantir la discipline des militaires et la protection des droits des détenus. Le document souligne également la formation des forces de sécurité en droits humains et en droit international humanitaire, ainsi que la volonté de sanctionner les responsables d’actes inhumains.
Pourtant, Human Rights Watch a documenté de nombreux abus commis par les forces de sécurité burkinabè lors d’opérations de contre-insurrection, tant pendant la période couverte par le rapport qu’après. Ces exactions incluent des crimes contre l’humanité, des exécutions illégales, des disparitions forcées et des violences massives contre des civils accusés de collaboration avec des groupes armés. Les soldats ont notamment été impliqués dans des massacres, comme celui de 223 villageois dans la localité de Karma.
Les groupes armés islamistes n’ont pas été en reste : ils ont perpétré des exécutions sommaires, des violences sexuelles, des enlèvements et des pillages. Leur emprise s’étend sur de nombreuses zones du pays, où ils maintiennent les populations locales sous un régime de terreur.
Des manquements criants en matière de justice et de libertés
Selon le droit international, le gouvernement burkinabè a la responsabilité principale d’assurer la justice pour les crimes les plus graves. Pourtant, les progrès restent minimes, tant en matière d’enquêtes que de poursuites judiciaires. Le rapport officiel ne mentionne aucune enquête concernant les abus présumés commis par les forces de sécurité entre 2015 et 2021, ni aucune procédure judiciaire en cours.
Les restrictions des droits civils et politiques se sont intensifiées, bien que le rapport évoque une loi de 2017 censée protéger les défenseurs des droits humains. Depuis 2022, la junte au pouvoir a systématiquement réprimé les activistes, les membres de l’opposition, les journalistes et les détracteurs. Human Rights Watch a recensé des cas de conscription illégale utilisée comme outil de répression, ainsi que des enlèvements et disparitions forcées de dissidents. En décembre 2023, la CADHP a exprimé sa préoccupation face à l’enlèvement de l’activiste Daouda Diallo et aux intimidations envers les défenseurs des droits humains. En juillet 2024, elle a dénoncé la disparition forcée de trois journalistes, sans obtenir de réponse des autorités.
Pour Human Rights Watch, la CADHP devrait impérativement aborder ces graves manquements lors de son examen. Elle pourrait également solliciter une visite officielle au Burkina Faso pour évaluer la situation des droits humains sur le terrain et publier un rapport complet.
Des recommandations pressantes pour la CADHP
Allan Ngari conclut : « La CADHP doit approfondir l’analyse des abus commis tant par les forces de sécurité que par les groupes armés islamistes, et insister sur la nécessité de rendre des comptes. Elle devrait également proposer des mesures concrètes pour protéger les activistes, les journalistes et les opposants politiques, afin qu’ils puissent exercer leur mission en toute sécurité. »