Lors de la revue conjointe organisée à Yaoundé, les autorités camerounaises et la Banque africaine de développement (BAD) ont révélé un défi financier majeur : près de 292 milliards de FCFA, répartis en sept opérations, pourraient être annulés. Ces fonds, approuvés par la BAD mais bloqués par des lenteurs administratives, incluent des prêts et des dons dont les accords n’ont pas été signés ou dont les décaissements n’ont pas été engagés dans les délais impartis.

Contrairement à une idée reçue, il ne s’agit pas de fonds déjà versés que l’État devrait rembourser. Ces enveloppes représentent des engagements validés par la BAD, mais dont la mise en œuvre n’a pas démarré en raison de retards dans les procédures internes. Parmi ces opérations, six concernent des accords non signés, tandis qu’une septième porte sur un décaissement non déclenché malgré la signature.

La route Ngoura-Yokadouma : un projet phare en sursis

Le Programme de désenclavement des bassins économiques transfrontaliers, destiné à financer l’aménagement de la route Ngoura-Yokadouma dans l’Est du Cameroun, concentre l’essentiel des risques. Avec un budget de 207 milliards de FCFA, ce projet, approuvé en février 2026, attend toujours la finalisation de son accord de prêt. Il représente à lui seul plus de 71 % des fonds menacés d’annulation.

Cinq autres initiatives partageant le même sort incluent le Projet d’appui à l’Université panafricaine (phase 2), l’étude d’aménagement hydroélectrique de Minkouma sur le fleuve Sanaga, et le projet de construction d’un pont sur le fleuve Ntem à la frontière avec la Guinée équatoriale. Ce dernier, approuvé en novembre 2023, combine un prêt BAD et un prêt du Fonds africain de développement (FAD).

Le Projet d’aménagement des routes de Kribi (PARZIK2) illustre une autre problématique : bien qu’un accord ait été signé, aucun décaissement n’a eu lieu en quinze mois. Avec un budget de 26,54 milliards de FCFA, ce projet est pourtant stratégique pour le développement portuaire et industriel de Kribi.

Des délais d’exécution deux fois supérieurs aux normes

Les données présentées lors de la revue confirment un dysfonctionnement systémique. Le délai moyen entre l’approbation d’un financement et la signature de l’accord s’élève à douze mois, alors que la BAD fixe un standard de trois mois. L’entrée en vigueur prend en moyenne seize mois, contre cinq mois attendus, et le premier décaissement intervient après vingt et un mois, alors que l’objectif est de douze mois. Près de deux années séparent donc l’approbation d’un projet de sa concrétisation sur le terrain.

Le ministre de l’Économie, Alamine Ousmane Mey, a souligné les causes de ces retards : préparation insuffisante des projets, lenteurs dans les appels d’offres, insuffisance des structures de gestion, et mobilisation tardive des fonds de contrepartie. Ces obstacles alourdissent les coûts et sapent la confiance des bailleurs internationaux.

Depuis 1972, la BAD a engagé 130 prêts et dons au Cameroun, totalisant 3 345 milliards de FCFA. Le programme 2023-2028 prévoit onze nouvelles opérations pour 833,8 milliards de FCFA. Pourtant, la transformation de ces engagements en projets concrets reste le principal défi de la coopération financière entre Yaoundé et l’institution panafricaine.