Bassirou Diomaye Faye place l’expertise au cœur de la gouvernance des mines et du pétrole
Moins d’un mois après avoir reshufflé son gouvernement et retiré la Primature à Ousmane Sonko, le président Bassirou Diomaye Faye opère un virage majeur dans la gestion des entreprises stratégiques du Sénégal. Une refonte qui touche particulièrement le secteur extractif, marqué par des nominations inédites privilégiant désormais les compétences techniques plutôt que l’affiliation politique.
Un remaniement ciblé dans les entreprises publiques
Le 1er juillet 2026, deux postes clés du paysage économique sénégalais ont changé de mains. À la tête de la Société nationale des pétroles du Sénégal (Petrosen Holding), Alioune Gueye, proche d’Ousmane Sonko, a passé le relais à Thierno Seydou Ly, un ingénieur pétrolier expérimenté ayant évolué chez TotalEnergies. Dans le même temps, Ngagne Demba Touré, ancien responsable de la jeunesse patriotique du Pastef, a quitté la direction de la Société des Mines du Sénégal (Somisen) au profit de Mamady Touré, un géologue spécialisé en ingénierie minière.
Cette transition brutale a surpris plus d’un observateur. « Les décisions ont été annoncées dans la presse sans préavis ni explication officielle », révèle une source interne au pouvoir. Les deux responsables sortants, bien que politiquement engagés, n’ont pas bénéficié de la moindre notification de la présidence avant l’annonce publique de leur éviction.
La fin d’une influence politique sur les ressources naturelles
Cette réforme s’inscrit dans une logique de rupture avec la période précédente, où Ousmane Sonko avait pu placer des cadres de son parti à des postes clés. Pourtant, les relations entre le président Faye et le président de l’Assemblée nationale se sont fortement dégradées, selon des sources concordantes. « Les deux dirigeants évincés paient leur loyauté indéfectible envers Sonko », confie un proche du pouvoir.
Thierno Seydou Ly, par exemple, avait déjà été écarté en mars 2025 de la direction de Petrosen Exploration-Production par Sonko lui-même, qui cherchait alors à écarter les responsables hérités de l’ère Macky Sall. Les tensions entre les deux hommes étaient palpables, alimentant les spéculations sur une possible revanche politique.
Une stratégie pour rassurer les investisseurs étrangers
Dans un contexte de révision des contrats extractifs signés sous l’administration précédente, Bassirou Diomaye Faye semble privilégier des profils technocratiques pour redorer le blason du Sénégal auprès des partenaires internationaux. Thierno Seydou Ly et Mamady Touré incarnent cette nouvelle approche : leurs parcours professionnels, solides et apolitiques, contrastent avec ceux de leurs prédécesseurs.
« Ces nominations envoient un signal fort aux investisseurs », explique un analyste économique. « Les nouveaux dirigeants, moins clivants, adoptent une posture plus diplomatique et professionnelle dans les négociations ». Leur expertise sectorielle est perçue comme un gage de sérieux dans un secteur où la stabilité et la transparence sont devenues des critères essentiels pour les acteurs étrangers.
Quels sont les prochains dominos à tomber ?
Alors que cette vague de changements continue de secouer l’appareil étatique, plusieurs autres postes pourraient être concernés. Parmi les cibles potentielles, Waly Diouf Bodiang, directeur général du Port autonome de Dakar, et Fadilou Keïta, à la tête de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), sont cités pour leur proximité avérée avec Ousmane Sonko. Leur éviction marquerait une nouvelle étape dans cette dynamique de dépolitisation des institutions économiques.
Cette stratégie présidentielle, encore en cours de déploiement, pourrait redéfinir durablement la gouvernance du secteur extractif au Sénégal, tout en influençant les équilibres politiques internes.