Le partenariat entre le Cameroun et la Banque africaine de développement (BAD) connaît une dynamique ascendante, marquée par des engagements financiers records. Depuis l’adoption du Document de stratégie pays (DSP) 2023-2028, huit nouveaux projets ont été validés pour un montant total de 833,8 milliards de FCFA. Ce chiffre représente 67,9 % d’une enveloppe initiale fixée à 1 227,5 milliards de FCFA sur la période. Ces données ont été dévoilées à l’issue d’une revue conjointe organisée dans la capitale camerounaise.
L’engouement de la BAD pour le Cameroun se confirme avec une progression notable des engagements globaux, passant de 1 226,2 milliards à 1 603,6 milliards de FCFA en 2026, soit une hausse de 377,4 milliards de FCFA. Parallèlement, la capacité annuelle d’accès aux financements souverains a été rehaussée de 273,3 à 429,4 milliards de FCFA, affichant une croissance de 57,1 %. Ces évolutions reflètent une confiance renforcée envers les perspectives économiques du pays.
Un décaissement en demi-teinte : seulement 26 % des fonds mobilisés
Malgré ces avancées, la concrétisation des engagements en dépenses réelles reste insuffisante. Le portefeuille actif, évalué à 1 629,2 milliards de FCFA lors de la revue, affiche un taux de décaissement cumulé de 26 %. Ce chiffre englobe à la fois les projets antérieurs au DSP et ceux approuvés depuis 2023, révélant une difficulté persistante à absorber les fonds disponibles.
Plusieurs obstacles expliquent ce ralentissement. Les délais entre l’approbation des accords et leur entrée en vigueur s’allongent, les fonds de contrepartie issus du Trésor public peinent à être programmés, et les rapports d’audit accusent des retards. Ces blocages entraînent des lenteurs à chaque étape : validation des conditions préalables, passation des marchés, mobilisation des prestataires et versement des tranches.
Les infrastructures, priorité absolue des financements
L’analyse sectorielle du portefeuille met en lumière une concentration marquée sur les infrastructures. Les transports captent 53,83 % des ressources mobilisées, suivis par l’énergie avec 22,32 %. L’agriculture et le social représentent respectivement 10,8 % et 9,19 % des financements. En valeur absolue, cela équivaut à 877 milliards de FCFA pour les transports et 364 milliards pour l’énergie, soit plus des trois quarts du portefeuille actif.
Parmi les réalisations concrètes attribuées à ce partenariat figurent plus de 570 kilomètres de routes, la centrale hydroélectrique de Nachtigal (420 MW de puissance installée) et la distribution de 133 000 tonnes d’engrais et semences améliorées. Les projets en cours devraient générer 14 500 emplois directs, avec une attention particulière portée aux jeunes et aux femmes, sous réserve du démarrage effectif des chantiers.
Un recul significatif des projets en alerte rouge
Un signal encourageant émerge : la proportion de projets classés en alerte rouge (menacés dans leur calendrier ou objectifs) est passée de 48 % à 26 % entre fin février et mi-juillet 2026, se rapprochant de l’objectif institutionnel de 25 % fixé par la BAD. Cette amélioration résulte notamment du plan d’accélération lancé en février, incluant des contrats de performance, des revues sectorielles mensuelles et un traitement prioritaire des opérations non décaissées depuis plus de quinze mois.
« Il faut passer d’une logique procédurale à une culture de résultats concrets », a souligné Léandre Bassolé, directeur général de la BAD pour l’Afrique centrale. Lors de la revue de juillet, il a insisté sur l’importance du secteur privé dans la transformation économique. Avec 68 % du programme indicatif déjà validé, l’enjeu désormais réside dans l’exécution rapide : réduction des délais administratifs, sécurisation des contreparties nationales, simplification des procédures de passation des marchés et respect des échéances d’audit. La seconde moitié du DSP se jouera donc sur la capacité à livrer des infrastructures opérationnelles.