Le récent plébiscite de Laurent Gbagbo à la tête du Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) provoque d’intenses discussions au sein de la classe politique ivoirienne. Pour l’avocat Ange Rodrigue Dadjé, ce dénouement met un terme à la pertinence des critiques adressées au chef de l’État, Alassane Ouattara, concernant sa décision de prolonger sa carrière politique.
« Finalement, on ne doit plus reprocher au Président Ouattara d’avoir décidé de rester en politique alors qu’il avait dit qu’il voulait prendre sa retraite », a affirmé l’homme de loi ce vendredi 15 mai 2026. Cette déclaration, largement relayée, intervient dans un climat marqué par le retour définitif de l’ancien président Gbagbo au centre de l’échiquier national.
Le revirement stratégique de Laurent Gbagbo
Alors que de nombreux observateurs anticipaient un retrait progressif de l’ancien chef d’État, le premier congrès ordinaire du PPA-CI, organisé à Abidjan, a abouti à sa reconduction par acclamation. Ce choix marque une rupture avec les intentions exprimées par Laurent Gbagbo quelques mois plus tôt. En octobre 2025, il avait en effet manifesté sa volonté de ne plus briguer de mandats électifs ou de fonctions dirigeantes après le scrutin législatif de décembre 2025.
« Il n’y a pas de retraite en politique, mais je m’interdirai d’occuper des fonctions politiques, à l’intérieur de mon parti comme dans l’État. J’ai assez donné », avait-il alors déclaré. À 81 ans, celui qui a été acquitté par la CPI semblait prêt à céder la place à une nouvelle garde. Pourtant, lors des assises des 14 et 15 mai 2026, il a finalement accepté de poursuivre sa mission, lançant un tonitruant « Je reste pour le combat » devant ses partisans enthousiastes.
Un parallélisme avec la trajectoire d’Alassane Ouattara
Cette décision de Laurent Gbagbo de rester aux commandes de son parti relance inévitablement le débat sur la longévité politique en Côte d’Ivoire, particulièrement celle d’Alassane Ouattara. En 2020, le président actuel avait suscité une vive controverse en se présentant pour un troisième mandat, une décision alors fustigée par l’opposition qui y voyait un reniement de sa parole.
En juillet 2025, Alassane Ouattara, âgé de 83 ans, a officiellement annoncé sa candidature pour un quatrième mandat lors de l’élection d’octobre 2025. Il avait justifié ce choix par un « devoir » d’assurer la stabilité de la nation face aux enjeux sécuritaires régionaux. Pour Ange Rodrigue Dadjé, la situation actuelle au PPA-CI prouve que les réalités partisanes et la pression des militants finissent souvent par l’emporter sur les velléités de retraite des dirigeants historiques.
Ce nouveau chapitre de la vie politique ivoirienne souligne une question persistante : les grandes figures du pays peuvent-elles réellement se retirer tant que leurs bases électorales continuent de réclamer leur leadership ? Le maintien simultané de ces deux piliers de la politique nationale redessine les contours des futures échéances électorales en Côte d’Ivoire.