Depuis les offensives coordonnées ayant frappé Bamako, Kati, Gao, Sévaré et Kidal à la fin du mois d’avril, un débat autrefois proscrit agite de nouveau les sphères sécuritaires au Mali : faut-il entamer des pourparlers avec les factions djihadistes ? Devant l’intensité des attaques menées conjointement par le Jnim, lié à Al-Qaïda, et les insurgés touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA), de nombreux analystes constatent que la réponse strictement militaire montre désormais ses limites.

Une alliance tactique qui fragilise le pouvoir

L’offensive s’est déployée avec une célérité surprenante, touchant le Mali du nord au sud. Les groupes armés ont visé simultanément des sites stratégiques et des symboles de l’État dans plusieurs agglomérations majeures. Pour la première fois, une coopération explicite est apparue entre le Jnim et le FLA. Ce dernier, structuré fin 2024, milite pour l’autodétermination de l’Azawad, ce vaste territoire septentrional.

Ces événements ont mis en lumière les failles du dispositif sécuritaire malien. Ni le gouvernement de transition dirigé par Assimi Goïta, ni les forces partenaires d’Africa Corps ne parviennent à stopper cette avancée. Alors que Bamako subit une pression économique et militaire croissante, l’idée de négocier avec le Jnim gagne du terrain dans les discussions diplomatiques régionales. Pourtant, officiellement, les autorités maintiennent une position de fermeté absolue, excluant tout échange avec ceux qu’elles qualifient de terroristes.

L’asphyxie comme arme de guerre

La situation sur le terrain continue de se dégrader, particulièrement dans le centre du pays où les incursions se multiplient. Dans la zone de Bankass, des villages comme Kouroude et Dougara ont récemment été le théâtre de violences sanglantes, faisant craindre un bilan humain très lourd, estimé à plusieurs dizaines de victimes.

Le Jnim s’impose comme le moteur de cette instabilité qui déborde sur le Burkina Faso et le Niger. Pour les membres de l’Alliance des États du Sahel (AES), la promesse de rétablir la sécurité se heurte à une réalité brutale. Les attaques se rapprochent désormais de la capitale, ciblant des axes logistiques vitaux et des sites industriels. L’objectif semble clair : instaurer un blocus autour de Bamako pour forcer un changement de stratégie.

Le décès du ministre de la Défense, Sadio Camara, lors des affrontements à Kati, ainsi que la perte de contrôle de Kidal, marquent des tournants symboliques et stratégiques majeurs. Selon certains observateurs comme Alain Antil, le Jnim cherche à établir un rapport de force favorable pour contraindre l’État à la discussion, en utilisant l’encerclement des villes comme levier de pression.

Vers un compromis politique inévitable ?

Si le discours officiel reste martial, la réalité sociale pousse à la réflexion. Les rapports indiquent que les violences attribuées aux forces régulières et à leurs alliés russes ont causé la mort de nombreux civils, alimentant paradoxalement le recrutement au sein des groupes armés. Entre le début de l’année 2024 et mars 2025, les pertes civiles liées aux opérations pro-gouvernementales auraient largement dépassé celles causées directement par le Jnim.

Face à cette impasse, des voix s’élèvent pour prôner un changement de paradigme. Abdel Nasser Ould Ethmane Elyessa suggère notamment un « compromis des braves », où les insurgés pourraient être intégrés au jeu politique afin d’exposer leurs contradictions. Toutefois, des lignes rouges demeurent non négociables, telles que le caractère laïc de l’État et le principe d’égalité entre les sexes.

L’idée d’un dialogue, autrefois perçue comme une hérésie, devient peu à peu une hypothèse politique sérieuse. La question n’est désormais plus de savoir si la négociation est souhaitable, mais combien de temps le pouvoir pourra tenir avant de s’y résoudre.