La bande sahélo-saharienne traverse une phase d’instabilité sans précédent. Dans les deux pays les plus actifs de l’Alliance des États du Sahel (AES), les régimes militaires doivent désormais faire face à une double pression : une menace sécuritaire persistante et une fragilisation interne de leurs propres institutions. À Ouagadougou comme à Niamey, les juntes au pouvoir voient leurs marges de manœuvre se réduire, tandis que les défis s’accumulent.

Ouagadougou resserre son étau sur les élites dirigeantes

Au Burkina Faso, la méfiance s’est généralisée au sommet de l’État. Les autorités militaires ont récemment adopté une mesure radicale : la confiscation des passeports de plusieurs membres du gouvernement et officiers supérieurs. Cette restriction, inédite par son ampleur, ne se limite pas aux simples collaborateurs politiques. Elle englobe également des hauts gradés de l’armée, signe d’une surveillance accrue jusqu’au cœur des institutions.

L’objectif affiché est clair : empêcher toute fuite ou contact susceptible de fragiliser le régime. Dans un contexte où l’insécurité touche une large partie du territoire, malgré les opérations militaires et le déploiement des Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), les autorités cherchent à verrouiller l’accès aux frontières pour leurs propres responsables. Cette décision illustre une défiance croissante envers les élites, symptomatique d’une gouvernance militaire où la cohésion interne devient un enjeu aussi crucial que la lutte contre les groupes armés.

Les observateurs soulignent que plus un pouvoir centralise les décisions, plus les risques de divisions internes – rivalités, défections ou trahisons – s’intensifient. Le Burkina Faso illustre ainsi la difficulté des régimes issus de coups d’État à maintenir une stabilité durable, alors que les attaques jihadistes continuent de frapper indistinctement forces de sécurité et populations civiles.

Niamey dans la ligne de mire d’une opposition armée

Au Niger, la tension atteint un niveau supérieur avec l’émergence d’une menace militaire organisée. Le Front Patriotique pour la Libération (FPL), dirigé par Mohamed Salah, a récemment annoncé préparer une offensive d’envergure pour renverser la junte du général Abdourahamane Tiani. Cette déclaration survient peu après la libération de Mohamed Salah, obtenue en échange de la remise en liberté de Barkadine Mahamat Rifi, un chef de katiba libyenne recherché par les autorités de Libye.

Le FPL se présente comme un mouvement de résistance dont la mission est de rétablir l’ordre constitutionnel au Niger. Il exige notamment la libération de l’ancien président Mohamed Bazoum, qu’il considère comme le seul dirigeant légitime du pays. Cette prise de position marque un tournant dans la crise nigérienne, où les autorités doivent désormais composer avec une opposition armée revendiquant ouvertement un changement de régime.

Cette escalade des tensions internes risque de détourner une partie des ressources sécuritaires du pays, déjà mobilisées contre les groupes jihadistes. La junte de Niamey se trouve ainsi confrontée à un dilemme : maintenir son discours de restauration de la souveraineté tout en faisant face à une contestation qui menace directement sa légitimité.

Deux pays, une même fragilité

Ces évolutions révèlent une réalité troublante : les défis auxquels font face les juntes du Burkina Faso et du Niger dépassent largement la lutte contre le terrorisme. À Ouagadougou, les autorités s’inquiètent avant tout de la stabilité de leur propre appareil d’État, tandis qu’à Niamey, c’est une opposition armée qui affiche désormais sa détermination à renverser le pouvoir en place.

Cette combinaison de pressions – internes, sécuritaires et politiques – met en lumière la vulnérabilité des gouvernances militaires nées de coups d’État. Malgré leurs promesses de restauration de la sécurité et de la souveraineté, les deux régimes doivent désormais gérer simultanément des crises multiples : attaques des groupes armés, contestations politiques, difficultés économiques et attentes croissantes des populations.

Alors que les tensions s’accumulent, la situation au Sahel s’annonce de plus en plus complexe. Les prochains mois pourraient être décisifs pour évaluer la capacité des juntes à stabiliser durablement leurs pays, dans un contexte où chaque décision prise au sommet risque d’avoir des répercussions immédiates sur la sécurité et la cohésion nationale.