Un climat de vive tension s’est installé à Obo, chef-lieu du Haut-Mbomou, suite au tir d’un missile sol-sol par les mercenaires russes du groupe Wagner. Le projectile, lancé depuis le territoire centrafricain en direction de la République démocratique du Congo (RDC), a provoqué une onde de choc au sein des populations frontalières.

Obo, Haut-Mbomou : les armes tirés par les mercenaires russes vers la RDC est un missile sol-sol américaines entreposés dans leur ancienne base abandonnée  

Les origines de l’armement : un héritage de l’opération Observant Compass

Pour comprendre la présence de cet armement lourd à Obo, il faut remonter à l’époque de l’opération Observant Compass. Menée entre 2011 et 2017 sous commandement américain, cette mission internationale visait à neutraliser la LRA (Armée de résistance du Seigneur) et son chef, Joseph Kony. À cette période, des unités d’élite, notamment des Bérets Verts, avaient établi des bases fortifiées à Obo et Djema.

Lors de leur retrait définitif en avril 2017, les forces américaines ont laissé sur place divers équipements logistiques et militaires. Selon des témoignages recueillis localement, des conteneurs renfermant du matériel, dont au moins un missile sol-sol, sont restés entreposés dans l’ancienne base, protégée à l’époque par des systèmes de surveillance sophistiqués.

L’arrivée de Wagner et la récupération du matériel

Après le départ des conseillers américains, le site a d’abord été occupé par les Forces armées centrafricaines (FACA). Cependant, l’arrivée récente des mercenaires de Wagner dans le Haut-Mbomou, à la demande des autorités locales, a changé la donne. Les instructeurs russes ont évincé les soldats nationaux pour s’installer dans l’ancienne enceinte américaine.

Une fouille systématique des conteneurs abandonnés a permis aux mercenaires de mettre la main sur des stocks d’armes, des panneaux solaires et divers équipements techniques. Avant l’incident, le préfet de la région avait publiquement annoncé que des essais seraient effectués pour évaluer l’état de fonctionnement de cet arsenal récupéré.

Un tir de missile nocturne vers le territoire congolais

C’est dans ce cadre que s’est déroulée l’opération le soir du jeudi 26 février. En plein centre d’Obo, sur le terrain de football local, les hommes de Wagner ont déployé une pièce d’artillerie lourde. Le tir a déclenché une traînée lumineuse impressionnante, visible dans plusieurs quartiers de la ville. Le projectile a survolé les localités de Mboki et Zemio avant de franchir la frontière internationale.

L’engin a finalement terminé sa course en République démocratique du Congo, s’écrasant à environ cinq kilomètres du village de Zapay. Bien qu’aucune victime n’ait été signalée pour l’instant, l’impact a plongé les habitants de cette zone forestière dans l’effroi.

Une démonstration de force aux conséquences régionales

Le choix de la trajectoire ne semble pas relever du hasard. En orientant le tir vers la RDC plutôt que vers le nord, les tireurs évitaient tout risque de retombée sur Bambouti, située à proximité. La vaste forêt congolaise a servi de zone de chute pour ce test de puissance de feu.

À Zapay, l’inquiétude est d’autant plus vive que le village accueille de nombreux réfugiés centrafricains ayant fui les violences. Pour beaucoup, ce tir résonne comme un avertissement, suggérant que la distance et les frontières ne garantissent plus une protection totale. Dans la région d’Obo, il ne fait aucun doute que seule la milice Wagner possède l’expertise et l’accès nécessaires pour manipuler un tel armement, les forces régulières ne disposant pas de ces capacités techniques.