Le futur président béninois Romuald Wadagni suscite de nouvelles attentes au Niger, où les autorités expriment une ouverture prudente envers son arrivée au pouvoir. Dans une récente intervention télévisée sur la chaîne nigérienne RTN, le ministre nigérien des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, a évoqué la possibilité d’un réchauffement des relations entre Niamey et Cotonou, après des années de tensions diplomatiques.
Interrogé lors d’un entretien, Bakary Yaou Sangaré a confirmé l’absence actuelle de contacts officiels avec les autorités béninoises. Cependant, il a souligné le souhait d’une reprise du dialogue, à condition que des gestes concrets soient posés. « Nous espérons vivement que le nouveau gouvernement béninois engagera des actions dans ce sens », a-t-il déclaré, évoquant la nécessité d’une coopération constructive.
une crise diplomatique qui s’aggrave depuis 2023
Les relations entre le Bénin et le Niger se sont fortement dégradées après le coup d’État de juillet 2023, qui a porté au pouvoir le général Abdourahamane Tiani. Depuis cette date, de nombreux échanges commerciaux ont été perturbés, notamment en raison de la fermeture de la frontière terrestre entre les deux pays.
La situation s’est encore détériorée en janvier 2026, avec des expulsions mutuelles de diplomates et la suspension des activités de l’ambassade béninoise à Niamey. Les autorités nigériennes accusent régulièrement Cotonou d’héberger des opposants au régime militaire, une allégation fermement rejetée par le gouvernement béninois.
pipeline pétrolier et frontière : des enjeux économiques majeurs
Au-delà des divergences politiques, les tensions reposent sur des questions économiques stratégiques. Le pipeline géré par Wapco, qui permet l’exportation du pétrole nigérien via le terminal béninois de Sèmè-Kpodji, reste un dossier sensible. La fermeture de la frontière terrestre continue également d’impacter lourdement les populations et les acteurs économiques des deux côtés de l’axe Niamey-Cotonou.
Romuald Wadagni face à son premier défi diplomatique
L’élection de Romuald Wadagni le 12 avril 2026 et sa prise de fonction prévue le 24 mai pourraient marquer un tournant dans les relations entre les deux États. À Niamey, les déclarations de Bakary Yaou Sangaré sont interprétées comme un signal d’ouverture, mais conditionné à des initiatives concrètes de la part du nouveau pouvoir béninois.
Une médiation régionale avait déjà été envisagée en 2025, impliquant les deux gouvernements ainsi que d’anciens chefs d’État béninois, sans aboutir à des résultats tangibles. Pour Romuald Wadagni, la normalisation des relations avec le Niger s’impose comme l’un des premiers défis diplomatiques de son mandat.
Un éventuel dégel des relations permettrait non seulement de relancer les échanges économiques régionaux, mais aussi de renforcer la coopération sécuritaire dans un contexte marqué par les tensions au Sahel.