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Lors de son allocution pour le 27e anniversaire de son accession au Trône, le Roi Mohammed VI a livré un discours chargé de symboles, où se mêlent célébration des succès et silence sur les zones d’ombre. Ce texte, prononcé dans un contexte géopolitique marqué par les incertitudes, confirme une ligne politique inchangée tout en soulevant des interrogations sur la gestion des défis persistants.

Une vision stratégique mise en avant face aux défis régionaux

Le Souverain a choisi de souligner la solidité de la gouvernance marocaine, présentée comme le fruit d’une « vision stratégique claire » et d’une « dynamique cumulative vertueuse ». Ces termes, volontairement abstraits, servent à ancrer l’idée d’une continuité institutionnelle, présentée comme un atout majeur face aux turbulences extérieures. Pourtant, derrière cette affirmation de stabilité, se cache une question fondamentale : comment concilier cette vision avec les défis socio-économiques qui persistent après près de trois décennies de règne ?

Le bilan économique avancé est impressionnant : un taux de croissance de 4,9 % en 2025, une position de leader continental dans l’exportation automobile et une fréquentation touristique historique, avec près de 20 millions de visiteurs. Le Roi a tenu à préciser que ces réalisations « transcendent les mandats gouvernemental et parlementaire », suggérant qu’elles relèvent d’une stratégie nationale dépassant les contingences politiques.

Responsabilité politique : le paradoxe d’un discours royal

C’est ici que réside le paradoxe du discours. En s’attribuant le mérite des succès tout en les présentant comme le résultat d’une vision nationale et non d’un seul exécutif, le texte royal érige la responsabilité au sommet de l’État. Pourtant, la persistance de certaines difficultés sociales et économiques, après 27 ans de cette même stratégie, interroge. Si les résultats positifs sont le fruit d’une vision, pourquoi les échecs ne seraient-ils pas, eux aussi, imputables à cette même vision ?

Le Souverain a évoqué une « autocritique constructive », mais celle-ci reste implicite dans le bilan public. En insistant sur la « cohésion institutionnelle » et un « esprit de responsabilité partagée », le discours royal semble vouloir diluer les échecs dans une logique collective, rendant toute imputation individuelle ou systémique difficile. Pourtant, cette approche soulève une question inévitable : comment concilier cette vision holistique du pouvoir avec la nécessité d’identifier clairement les responsabilités ?

Un nouveau cycle politique sous le signe de la continuité

Le discours de 2026 ne marque pas une rupture, mais une confirmation. En annonçant un « nouveau cycle » après les prochaines élections législatives, le Roi a réaffirmé la ligne directrice actuelle : « préservation des acquis » et « poursuite des réformes ». Une stratégie qui, selon lui, doit se poursuivre sans changement de cap majeur.

En définitive, ce texte apparaît comme une tentative de consolider la légitimité d’un règne, en s’appropriant à la fois le récit des succès et celui de la stabilité institutionnelle. Pourtant, en laissant en suspens la question de l’imputabilité des zones d’ombre, il ouvre un débat que la scène politique et médiatique ne manquera pas d’alimenter. Le Maroc se trouve ainsi face à un défi : comment concilier l’affirmation d’une vision stratégique avec la nécessité de rendre des comptes sur les échecs accumulés ?