Disparition forcée de deux militants au Burkina Faso : Miphal Ousmane Lankoandé et Amadou Sawadogo toujours introuvables

Le Burkina Faso est actuellement secoué par une vague d’enlèvements ciblant des défenseurs des droits humains. Parmi les victimes les plus récentes figurent Miphal Ousmane Lankoandé, sociologue et secrétaire exécutif du mouvement citoyen « Balai citoyen », ainsi que Amadou Sawadogo, cadre actif de la même organisation. Leur disparition forcée, intervenue dans des circonstances troubles, suscite une vive inquiétude au sein de la communauté internationale.

Manifestation au Burkina Faso

©Balai citoyen

Chronologie des enlèvements : une stratégie de répression systématique

Le cas d’Amadou Sawadogo : une convocation aux conséquences dramatiques

Le 20 mars 2025, Amadou Sawadogo a été convoqué au service régional de la sûreté de l’État à Ouagadougou. Son interrogatoire portait sur ses prises de position critiques publiées sur Facebook, où il dénonçait la situation politique du pays. Sous la pression, il a été contraint de révéler les domiciles de deux autres militants, poussant ces derniers à l’exil. Le lendemain, lors d’une seconde convocation, il a disparu sans laisser de trace. À ce jour, les autorités burkinabè n’ont fourni aucune explication sur sa localisation ou son sort.

Miphal Ousmane Lankoandé : victime d’un enlèvement en plein jour

Le 30 mars 2025, aux alentours de 11h45, Miphal Ousmane Lankoandé a été enlevé devant son domicile dans le quartier Karpala à Ouagadougou. L’incident s’est produit juste après son retour de Cotonou, où il avait participé à une école de l’activisme organisée par la Fondation de l’innovation pour la démocratie. Des hommes armés se présentant comme des gendarmes ont procédé à son enlèvement, devant son épouse impuissante. Malgré les démarches insistantes de ses avocats auprès des institutions publiques, aucune information n’a été communiquée à sa famille ou à ses proches.

À l’heure actuelle, le sort des deux militants reste inconnu, plongeant leurs familles et leurs collègues dans une angoisse insoutenable.

Un mouvement sous pression : le Balai citoyen dans le viseur des autorités

Fondé le 25 août 2013, le mouvement « Balai citoyen » a pour ambition de bâtir un Burkina Faso « juste et intègre, au sein d’un État de droit démocratique ». Cependant, cette organisation est aujourd’hui la cible d’une répression sans précédent. Plusieurs de ses membres ont déjà été victimes d’arrestations arbitraires, comme Me Guy Hervé Kam, cofondateur et avocat, arrêté en janvier 2024 à l’aéroport de Ouagadougou. Bien qu’il ait été libéré puis réarrêté, il est actuellement détenu arbitrairement pour « complot et association de malfaiteurs ».

D’autres militants du mouvement, tels que Rasmané Zinaba et Bassirou Badjo, ont été enlevés et enrôlés de force dans l’armée en février 2024. Malgré une décision du Tribunal administratif de Ouagadougou ordonnant la suspension de leur réquisition, ils continuent de combattre sur le front, exposés à un danger constant.

Un climat répressif généralisé : journalistes et défenseurs des droits humains dans la ligne de mire

Le Burkina Faso traverse une période particulièrement sombre pour les libertés fondamentales. Les autorités militaires au pouvoir multiplient les enlèvements ciblés, notamment contre des journalistes et des défenseurs des droits humains. Parmi les victimes récentes, on compte :

  • Guezouma Sanogo, président de l’Association des journalistes du Burkina Faso (AJB), ainsi que Boukary Ouoba, vice-président de l’AJB, et Luc Pagbeguem, journaliste du média BF1, enlevés le 24 mars 2025 ;
  • Kalifara Sere, administrateur du média BF1, enlevé le 19 juin 2024 ;
  • Serges Oulon, journaliste d’investigation, enlevé le 24 juin 2024 ;
  • Bayala Adama, chroniqueur, enlevé le 28 juin 2024.

Tous restent portés disparus à ce jour.

Ces agissements s’inscrivent dans un contexte de musellement croissant de la société civile et de la presse. Les autorités imposent un « traitement patriotique de l’information », poussant les médias indépendants à l’auto-censure. Ce climat de terreur est détaillé dans le rapport de l’Observatoire de février 2025, intitulé « Espace civique et défenseur·es des droits humains au Sahel : convergence régionale des pratiques de répression ».

La situation s’est encore aggravée avec la signature de deux décrets en 2022 et 2023, autorisant la réquisition de toute personne âgée de plus de 18 ans apte physiquement. Ces textes sont désormais utilisés pour enlever et faire disparaître des défenseurs et opposants politiques, avant de les enrôler de force dans l’armée. Une dizaine de défenseurs ont déjà reçu des ordres de réquisition.

Un appel urgent à l’action : garantir la sécurité et la liberté des militants

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains, partenariat entre la FIDH et l’OMCT, condamne fermement ces pratiques et exige des autorités burkinabè qu’elles agissent sans délai. Voici les mesures urgentes à mettre en œuvre :

  1. Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et psychologique de Miphal Ousmane Lankoandé et Amadou Sawadogo, ainsi que celle de tous les défenseurs des droits humains au Burkina Faso ;
  2. Révéler sans délai le sort et la localisation des deux militants, leur permettre de contacter leurs familles et les libérer immédiatement et sans conditions ;
  3. Mettre fin sans attendre à la pratique systématique des disparitions forcées et à l’enrôlement forcé des défenseurs et journalistes ;
  4. Cesser tout harcèlement judiciaire contre les deux militants et tous les défenseurs des droits humains et journalistes du pays ;
  5. Respecter strictement les libertés fondamentales, notamment la liberté d’expression et d’association, conformément aux Articles 19 et 22 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et aux Articles 9 et 10 de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples.

Comment agir ? Contacts clés pour une intervention urgente

L’Observatoire invite la communauté internationale à écrire aux autorités burkinabè pour exiger la libération des militants et la fin des pratiques répressives. Voici les contacts à solliciter :

Il est également essentiel d’interpeller les représentations diplomatiques du Burkina Faso dans vos pays respectifs.

Pour aller plus loin : ressources et rapports

Pour mieux comprendre la situation au Burkina Faso, consultez les ressources suivantes :

L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains, en partenariat avec la FIDH et l’OMCT, reste mobilisé pour protéger les militants et documenter ces violations. Vous pouvez les contacter via :

  • Ligne d’urgence : [email protected]
  • Téléphone : +33 1 43 55 25 18 (FIDH) / + 41 22 809 49 39 (OMCT)