L’épidémie d’Ébola en RDC s’emballe : l’OMS tire la sonnette d’alarme face à une propagation inédite
- Santé
La République démocratique du Congo (RDC) fait face à la troisième plus grande épidémie d’Ébola de son histoire, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Deux mois après sa déclaration officielle, le virus se propage à un rythme sans précédent, avec plus de 2 000 cas confirmés et près de 800 décès.
Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, a alerté ce 16 juillet sur l’accélération brutale de la transmission, notamment dans la province de l’Ituri où plus de 80 % des nouveaux cas échappent aux chaînes de surveillance classiques. « La situation est particulièrement inquiétante : les deux tiers des décès surviennent hors des structures médicales, dans des communautés où l’accès aux soins reste limité », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Genève.
Une riposte entravée par l’insécurité et les lacunes sanitaires
Malgré des avancées notables – comme la mise en place de 800 lits de traitement, 16 laboratoires opérationnels et un taux de suivi des contacts approchant les 80 % –, les obstacles persistent. L’attaque récente d’un centre de traitement à Bunia, chef-lieu de l’Ituri, illustre les dangers qui pèsent sur les équipes médicales. Le conflit armé en cours limite drastiquement l’accès aux zones touchées, freinant la lutte contre la propagation.
Par ailleurs, l’absence de vaccin homologué contre la souche Bundibugyo, responsable de l’épidémie actuelle, complique la réponse. L’OMS et ses partenaires, dont le Centre africain de prévention et de contrôle des maladies (CDC Afrique), misent sur des essais cliniques en cours, comme celui du vaccin ChAdOx1 développé par l’Université d’Oxford, ou l’antiviral obeldesivir en prophylaxie post-exposition.
L’Ouganda en voie de maîtrise, mais la menace persiste
À l’inverse de la RDC, l’Ouganda enregistre des progrès encourageants : le dernier patient confirmé a quitté l’hôpital le 16 juillet, marquant le début d’un compte à rebours de 42 jours avant la fin officielle de l’épidémie dans le pays. Pourtant, « le risque de réintroduction du virus depuis la RDC reste élevé », a souligné le Dr Tedros, rappelant que la mobilité transfrontalière favorise la diffusion du pathogène.
Priorités immédiates : surveillance renforcée et mobilisation communautaire
Pour inverser la tendance, l’OMS insiste sur quatre axes prioritaires :
- Renforcer la surveillance en Ituri, où la transmission communautaire non traçable domine ;
- Améliorer les inhumations sécurisées et les pratiques funéraires, souvent à l’origine de contaminations ;
- Accélérer la prise en charge clinique pour réduire la mortalité, avec 377 guérisons déjà enregistrées malgré l’absence de traitement homologué ;
- Mobiliser les communautés via la formation de plus de 21 000 agents sanitaires locaux.
Le gouvernement congolais, en collaboration avec les partenaires internationaux, réaffirme sa détermination à contenir l’épidémie. Malgré seize précédentes flambées maîtrisées depuis 1976, la complexité de cette crise réside dans son contexte sécuritaire et socio-économique dégradé. « Nous ne céderons pas au fatalisme », a assuré un responsable sanitaire sous couvert d’anonymat, rappelant que la RDC dispose d’une expertise unique en gestion de crises sanitaires.
Alors que l’épidémie continue de s’étendre géographiquement, les autorités appellent à une intervention politique urgente pour lever les barrières à l’accès aux zones affectées. « Sans une volonté politique forte, même les meilleures stratégies médicales échoueront », a martelé le Dr Tedros, soulignant l’urgence d’une réponse coordonnée et financée.