Amadou Bangoura, étudiant béninois de 30 ans, garde une cicatrice invisible de cette soirée du 8 juillet. Vers 22 heures, alors qu’il quittait sa salle de sport à Liberté 6 à Dakar, une patrouille de police l’a intercepté sans explication. « Présentez vos papiers. » Ces mots, prononcés sur un ton sec, ont suffi à transformer une routine anodine en une expérience humiliante. Pourtant, ses documents étaient en règle.
Une campagne de contrôles ciblant les étrangers en pleine expansion
Depuis fin juin, la Direction de la police des étrangers et des titres de voyage mène une série d’opérations dans la capitale sénégalaise et ses environs, officiellement pour « renforcer la sécurité des personnes ». Entre le 30 juin et le 8 juillet, 490 contrôles ont été effectués, aboutissant à l’interpellation de 36 personnes en situation irrégulière, déférées au parquet pour séjour illégal.
Ces mesures surviennent alors que le Sénégal vient d’assumer la présidence tournante de la CEDEAO, un paradoxe qui n’échappe pas aux observateurs. « Ce qui choque, ce n’est pas l’existence d’une politique migratoire, mais la systématisation d’un climat de suspicion envers l’étranger », dénoncent des membres d’associations locales dans un communiqué publié le 13 juillet. Ils pointent du doigt des « pratiques arbitraires », des « exigences administratives disproportionnées » et des « détentions prolongées sans justification ».
Des récits qui ébranlent la réputation d’hospitalité du Sénégal
Amadou Bangoura n’est pas un cas isolé. Depuis cinq ans résident au Sénégal, il a toujours été accueilli avec chaleur, à l’image de la Teranga – ce concept wolof symbolisant l’hospitalité légendaire du pays. Pourtant, cette vague de contrôles brutaux érode peu à peu cette image. « Pourquoi moi ? Qu’est-ce qui justifie une telle méfiance ? », s’interroge-t-il encore, marqué par cette nuit où son statut d’étudiant modèle n’a pas suffi à le protéger.
Les tensions montent également en ligne. Sur les réseaux sociaux, notamment TikTok, des discours xénophobes ciblent particulièrement la communauté guinéenne, qui représente plus de 40 % des résidents étrangers au Sénégal. Des accusations de « vol d’emplois » envers les Sénégalais circulent, rappelant étrangement les rhétoriques entendues récemment en Afrique du Sud.
Un virage politique et social aux conséquences imprévisibles
Ces contrôles surviennent dans un contexte où le Sénégal, sous les projecteurs régionaux en tant que président de la CEDEAO, se doit de montrer l’exemple. Pourtant, les observateurs s’interrogent : une telle politique migratoire peut-elle coexister avec les valeurs d’ouverture et de solidarité prônées par l’organisation ouest-africaine ?
Les associations appellent à un retour à la raison. « La sécurité ne doit pas se construire sur le rejet de l’autre », martèlent-elles, craignant que cette dérive ne fragilise davantage une cohésion sociale déjà mise à l’épreuve.