La décision des autorités rwandaises de sceller les points de passage entre Goma, en République démocratique du Congo, et Gisenyi au Rwanda, plonge les habitants des deux villes dans une situation économique alarmante. Les riverains, habitués aux échanges transfrontaliers quotidiens, subissent de plein fouet les répercussions de cette fermeture brutale.
Jacques Safari, vendeur ambulant d’œufs à Goma, illustre parfaitement cette crise. Ses ventes ont chuté de plus de 60% depuis la fermeture des postes frontaliers. « Avant, j’écoulais jusqu’à cinq plaquettes d’œufs quotidiennement. Aujourd’hui, je peine à en vendre deux. La majorité de ma clientèle était composée de voyageurs qui traversaient la frontière. Sans eux, mon commerce s’effondre », explique-t-il, visiblement désemparé.
Des approvisionnements en péril
Les difficultés ne concernent pas uniquement les petits commerçants. Les grossistes de la région de Goma peinent également à se ravitailler. Hamuli Kasilembo, actif sur le marché de Birere, témoigne de cette situation critique : « Traverser la frontière pour nous approvisionner était une routine. Désormais, chaque transaction devient un casse-tête. Même la recherche de clients s’avère compliquée, l’argent circule moins qu’avant ».
Un coup dur pour l’économie locale
Les économistes tirent la sonnette d’alarme. Alphonse Muanda, spécialiste des questions économiques, souligne l’impact disproportionné sur les acteurs les plus vulnérables : « Les petits commerçants paient le prix fort de cette fermeture. Beaucoup vivaient au jour le jour grâce aux échanges transfrontaliers. D’autres s’approvisionnaient à Gisenyi pour acheter en gros des denrées essentielles comme le riz, le savon ou d’autres produits de première nécessité ».
Cette mesure, justifiée par les autorités rwandaises pour des raisons sanitaires liées à la lutte contre le virus Ebola, s’inscrit dans une logique de protection. Pourtant, ses conséquences socio-économiques sur la population de Goma s’annoncent dévastatrices. Les habitants craignent une aggravation de la précarité dans les semaines à venir, alors que les échanges restent paralysés.