Le Gabon reprend le contrôle de ses eaux

À quelques jours de l’échéance de l’accord de partenariat de pêche durable avec l’Union européenne, Libreville a pris une décision forte. Les autorités gabonaises ont refusé de renouveler un dispositif qu’elles jugent profondément déséquilibré. Cette rupture marque une volonté de souveraineté économique et de meilleure répartition des richesses marines. Le pays entend désormais valoriser localement ses ressources halieutiques, un secteur clé de l’économie bleue.

Un modèle contesté depuis des années

Depuis longtemps, les accords de pêche entre l’Afrique et les grandes puissances sont critiqués. Officiellement pensés pour une exploitation durable, ils profitent surtout aux flottes étrangères. Le Gabon estime que la compensation financière de 2,6 millions d’euros par an est trop faible face aux tonnes de thon pêchées dans ses eaux, parmi les plus poissonneuses du golfe de Guinée. De plus, les coûts de surveillance de sa zone économique exclusive dépassent largement ces recettes. Le poisson capturé est souvent débarqué et transformé hors du pays, privant le Gabon des retombées économiques.

La bataille de la valeur ajoutée

L’objectif est clair : créer une filière thonière nationale. Après le bois, les minerais et les hydrocarbures, la pêche devient le nouveau terrain de l’affirmation économique. Des institutions comme la Banque africaine de développement estiment que le continent perd des milliards de dollars faute de transformation locale. Avec plus de 800 kilomètres de côtes et une immense zone maritime, le Gabon dispose d’atouts considérables pour développer une industrie compétitive et créatrice d’emplois.

Transparence, souveraineté et durabilité

Au-delà de l’économie, Libreville mise sur la durabilité et la transparence. Les autorités pointent les risques de surexploitation liés à un contrôle insuffisant. En refusant la reconduction automatique de l’accord qui expire le 28 juin 2026, le Gabon impose de nouvelles règles : préservation des écosystèmes, traçabilité des captures et bénéfices locaux. Cette position envoie un signal fort aux partenaires internationaux : l’accès aux ressources africaines ne peut plus ignorer les impératifs de souveraineté et de développement local. La décision gabonaise pourrait faire jurisprudence sur le continent, illustrant la volonté de l’Afrique de maîtriser le destin de ses richesses naturelles.