Le gouvernement béninois a engagé une offensive résolue contre le marché des produits dépigmentants. Depuis une date récente, une série de crèmes, lotions et autres préparations destinées à éclaircir la peau sont officiellement prohibées sur l’ensemble du territoire national. Une décision ferme qui cible une pratique très répandue, mais dont les répercussions sanitaires préoccupent de plus en plus les autorités.

Un frein au phénomène du « tchatcho »

Au Bénin, le recours aux produits éclaircissants, communément appelé « tchatcho », touche une large partie de la population, tous milieux sociaux confondus. Des étals du marché Dantokpa aux boutiques en ligne sur les réseaux sociaux, ces produits étaient jusqu’à présent facilement accessibles.

Avec cette nouvelle réglementation, les autorités entendent mettre un terme à cette prolifération. Le ministère de la Santé, de concert avec les organismes de régulation pharmaceutique, a dressé une liste des produits jugés dangereux. Des contrôles renforcés sont désormais prévus, aussi bien chez les grossistes que chez les détaillants.

L’objectif est clair : sectionner les circuits d’approvisionnement d’un commerce particulièrement lucratif, mais souvent alimenté par la contrebande et des préparations artisanales dont la composition échappe à tout contrôle.

Des risques sanitaires de plus en plus alarmants

Si l’État a choisi de durcir le ton, c’est en raison des nombreuses alertes lancées depuis plusieurs années par les professionnels de santé. Les dermatologues, en particulier, ne cessent de mettre en garde contre les effets dévastateurs de la dépigmentation artificielle.

Les produits concernés renferment fréquemment des substances potentiellement dangereuses telles que l’hydroquinone, les corticoïdes puissants ou encore le mercure. Utilisés de manière répétée, ces composants peuvent fragiliser considérablement la peau et entraîner des complications parfois irréversibles.

À court terme, les utilisateurs s’exposent à des brûlures, des vergetures profondes, une peau extrêmement fine, des difficultés de cicatrisation ou encore des infections cutanées récurrentes.

Mais les conséquences ne se limitent pas à l’épiderme. En pénétrant dans l’organisme, ces substances peuvent favoriser l’apparition de maladies graves telles que l’insuffisance rénale chronique, l’hypertension artérielle, certains troubles métaboliques ou encore augmenter les risques de cancers de la peau.

Un défi qui dépasse le cadre répressif

Si cette interdiction est saluée par le corps médical, sa mise en œuvre s’annonce complexe. Les autorités devront composer avec la porosité des frontières, la circulation des produits de contrebande et l’ingéniosité des vendeurs qui modifient régulièrement les emballages pour échapper aux contrôles.

Au-delà des sanctions, le véritable enjeu est aussi culturel. L’attrait pour les peaux claires, alimenté par certains standards de beauté et des pressions sociales persistantes, continue de nourrir la demande.

Pour produire des effets durables, cette politique devra donc s’accompagner d’importantes campagnes de sensibilisation destinées à promouvoir les teints naturels et à déconstruire les stéréotypes liés à la couleur de peau.

En engageant cette lutte, le Bénin franchit une étape importante dans la protection de la santé publique. Reste désormais à savoir si la fermeté des autorités et l’évolution des mentalités permettront de freiner durablement le phénomène du « tchatcho ».