Le séjour de Romuald Wadagni au Rwanda s’achève, mais ses effets ne font que commencer. Dès l’ouverture de cette visite officielle de deux jours, entamée le mercredi 16 septembre 2026 à Kigali, tous les regards se sont tournés vers un moment précis du programme : le recueillement prévu au Mémorial du génocide, dans le quartier de Gisozi, en hommage aux victimes du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994. Un geste fort, dont les retombées devraient se faire sentir bien après le retour de la délégation béninoise.

Pour le président béninois, ce déplacement constitue la première étape diplomatique de ce type depuis son entrée en fonction en mai dernier. Il le conduit au cœur de la capitale rwandaise, où il a été reçu par son homologue Paul Kagame, après avoir été accueilli par une foule venue saluer cette première visite officielle du nouveau chef de l’État béninois au Rwanda. La délégation qui l’accompagne a ensuite pris la direction du village d’Urugwiro, siège de la présidence rwandaise.

Cette rencontre au sommet représente le principal temps fort de la première journée. Elle intervient au moment où Cotonou et Kigali affichent leur volonté d’approfondir leurs relations dans plusieurs secteurs. Les deux pays disposent déjà de cadres de coopération qui portent notamment sur les technologies de l’information et de la communication, la modernisation des services publics, l’urbanisme, l’agriculture, ainsi que la paix et la sécurité.

À Gisozi, la mémoire au cœur du protocole officiel

Au-delà des échanges politiques et institutionnels, le programme de Romuald Wadagni comporte une dimension mémorielle marquée. Le président béninois doit se rendre au Mémorial du génocide de Kigali, situé dans le quartier de Gisozi, où reposent les dépouilles de plus de 250 000 victimes du génocide contre les Tutsi. Le site est à la fois un lieu de recueillement, un centre d’éducation et un espace de conservation de la mémoire.

Le génocide de 1994 a causé plus d’un million de morts en une centaine de jours, selon les autorités rwandaises. Depuis, les commémorations annuelles, connues sous le nom de Kwibuka, occupent une place centrale dans la vie nationale du Rwanda. Elles servent à préserver la mémoire des victimes, à transmettre cette histoire aux nouvelles générations et à tirer les enseignements d’une telle tragédie.

Un lieu de mémoire devenu une référence

Le Mémorial de Gisozi tient une place singulière dans ce dispositif. Inauguré en 2004, il abrite des expositions consacrées au génocide, des archives, des témoignages de survivants ainsi qu’un espace dédié aux enfants victimes. Il constitue également le lieu d’inhumation de centaines de milliers de personnes.

Pour le président béninois, l’hommage attendu à Gisozi s’inscrit ainsi dans le protocole réservé aux visites officielles de haut niveau au Rwanda, tout en donnant une épaisseur humaine à ce déplacement diplomatique.

Paul Kagame et Romuald Wadagni prolongent un dialogue déjà engagé

La rencontre entre les deux dirigeants survient quelques mois seulement après l’investiture du président béninois. Le Rwanda s’était alors fait représenter par son Premier ministre, Justin Nsengiyumva, un choix présenté comme le signe de l’importance accordée aux relations entre les deux pays. Kigali avait également mis en avant le caractère croissant de ses liens avec le Bénin.

Cette visite permet donc aux deux chefs d’État de poursuivre un dialogue déjà amorcé au niveau institutionnel. Les discussions devraient porter sur les moyens de renforcer la coopération bilatérale et de faire émerger de nouveaux partenariats.

Quelles perspectives pour Cotonou et Kigali après ce déplacement ?

Le contexte africain pourrait donner une portée plus large à ces échanges. Le Rwanda et le Bénin sont engagés, chacun à sa manière, dans des politiques de transformation économique, de modernisation administrative et de développement des infrastructures. Kigali met notamment en avant les investissements, l’entrepreneuriat et les technologies numériques parmi les axes de sa politique de développement.

Le choix d’inscrire le Mémorial de Gisozi au programme confère à ce déplacement une tonalité particulière. Dans le Rwanda contemporain, les lieux de mémoire ne servent pas uniquement à honorer les victimes : ils participent aussi à un travail de transmission historique et de sensibilisation aux conséquences de la discrimination et de la violence de masse.

Le site de Gisozi conserve ainsi des témoignages, des documents et des archives liés au génocide. Le Genocide Archive of Rwanda, installé au sein du mémorial, rassemble des pièces provenant notamment de survivants et d’organisations partenaires.

Mémoire, unité nationale et prévention des violences

Pour Kigali, la mémoire du génocide demeure étroitement liée aux notions d’unité nationale, de réconciliation et de prévention des violences de masse. Pour les visiteurs étrangers, le passage par Gisozi reste traditionnellement un moment solennel, marqué par le recueillement devant les tombes et par les témoignages conservés sur place.

La visite de Romuald Wadagni se situe donc à la croisée de deux dimensions : le renforcement des relations entre le Bénin et le Rwanda et la reconnaissance d’une tragédie qui continue de marquer profondément la société rwandaise.

Une deuxième journée pour consolider les pistes ouvertes

Après une première journée consacrée notamment à l’accueil officiel et aux échanges avec Paul Kagame, la suite du séjour doit permettre au président béninois de poursuivre ses discussions avec les autorités rwandaises. Ce déplacement de deux jours est appelé à poser les bases d’une nouvelle séquence dans les relations entre Cotonou et Kigali, avec en toile de fond une volonté affichée de consolider les liens politiques et la coopération entre les deux États.