Nigeria : un refuge pour l’opposant Fernando Dias après le bouleversement politique en Guinée-Bissau

Fernando Dias, candidat à la présidence de Guinée-Bissau, portant un chapeau rouge

Le gouvernement nigérian a accordé l’asile politique à Fernando Dias da Costa, figure de l’opposition en Guinée-Bissau, quelques jours après qu’un coup d’État ait empêché la proclamation des résultats de l’élection présidentielle du 23 novembre 2025. Selon Yusuf Tuggar, ministre nigérian des Affaires étrangères, ce candidat de 47 ans du Parti pour le renouveau social (PRS) bénéficiait d’une protection spéciale à l’ambassade du Nigeria à Bissau, en raison de menaces sérieuses pesant sur sa sécurité.

Fernando Dias da Costa était le principal rival d’Umaro Sissoco Embaló, président sortant qui briguait un second mandat. Ce dernier a quitté le pays immédiatement après le putsch militaire, laissant place à une crise politique profonde.

Un contexte électoral tendu

L’élection présidentielle du 23 novembre avait vu les deux candidats, Dias et Embaló, s’autoproclamer vainqueurs. Cependant, trois jours après le scrutin, l’armée a suspendu le processus électoral, bloquant la publication des résultats et justifiant son intervention par la nécessité d’empêcher un complot déstabilisateur. La junte a également instauré un couvre-feu strict, interdisant toute manifestation et toute activité susceptible de menacer la stabilité nationale.

Le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), mouvement historique ayant lutté contre la colonisation portugaise, s’est vu refuser la participation au scrutin. Par ailleurs, son siège à Bissau a été envahi par des milices armées, selon les déclarations du parti. Domingos Pereira, leader du PAIGC, a été arrêté le jour même du coup d’État, ont confirmé sa famille et des membres de son parti.

Réactions régionales et médiation de la CEDEAO

Une délégation de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) s’est rendue en Guinée-Bissau pour exiger le retour à l’ordre constitutionnel et la publication des résultats électoraux. Les pourparlers, dirigés par Alhaji Musa Timothy Kabba, ministre sierra-léonais des Affaires étrangères, se sont avérés tendus.

À l’issue de ces échanges, Kabba a évoqué des discussions « productives », tout en reconnaissant que les deux parties ont exprimé des désaccords majeurs. La junte a d’ores et déjà installé un gouvernement de transition dirigé par le général Horta N’Tam, qui devrait diriger le pays pendant un an.

En réponse à cette situation, la CEDEAO a suspendu la Guinée-Bissau de tous ses organes décisionnels jusqu’au rétablissement de l’ordre démocratique.

Protection diplomatique et accusations de coup d’État simulé

Dans une lettre adressée à Alieu Omar Touray, président de la Commission de la CEDEAO, le ministre Tuggar a souligné que l’accueil de Fernando Dias à l’ambassade du Nigeria reflétait « l’engagement ferme du Nigeria à défendre les aspirations démocratiques du peuple bissau-guinéen ». Il a également demandé le déploiement de soldats de la CEDEAO pour sécuriser les locaux diplomatiques.

Plusieurs personnalités et organisations ont émis des doutes sur la légitimité du coup d’État. Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko et l’ancien dirigeant nigérian Goodluck Jonathan ont tous deux suggéré qu’il s’agissait d’un coup d’État fabriqué, bien qu’aucune preuve n’ait été fournie. Des représentants de la société civile locale ont accusé Embaló d’avoir orchestré un « coup d’État auto-infligé » avec la complicité de l’armée, dans le but d’éviter la publication de résultats défavorables en cas de défaite électorale.

Embaló, déjà critiqué pour son utilisation des crises comme prétexte à la répression, n’a pas réagi aux allégations. Il a quitté la Guinée-Bissau pour le Sénégal, avant de se rendre au Congo-Brazzaville ce week-end.

Une instabilité politique récurrente

Depuis son indépendance en 1974 après la colonisation portugaise, la Guinée-Bissau a connu au moins neuf coups d’État ou tentatives de putsch. Ce pays d’Afrique de l’Ouest, enclavé entre le Sénégal et la Guinée, est également réputé pour servir de plaque tournante au trafic de drogue, avec une influence militaire prépondérante dans la vie politique.