La réalité des pertes de grossesse récurrentes chez les jeunes Tchadiennes

Dans la capitale N’Djamena ainsi que dans les provinces du Tchad, une problématique de santé publique reste trop souvent dans l’ombre : la multiplication des fausses couches chez les femmes dans la vingtaine. Ce phénomène, marqué par une souffrance à la fois physique et émotionnelle, se heurte à des barrières sociales et à un accès limité aux soins spécialisés. Cette situation fragilise non seulement la santé des patientes, mais aussi l’équilibre des couples.

Pour éclairer ce sujet délicat, le médecin généraliste Deubalbe Djonka Djoret apporte son expertise. Selon lui, on parle d’avortement spontané quand la grossesse s’interrompt avant la 20e ou 22e semaine d’aménorrhée, soit durant les quatre premiers mois de gestation.

Des facteurs médicaux et biologiques multiples

Les origines de ces pertes sont diverses. Le Dr Djonka pointe d’abord des causes anatomiques locales, telles que la présence de fibromes utérins ou une béance du col de l’utérus, empêchant ce dernier de retenir le fœtus.

Le volet hormonal et nutritionnel joue également un rôle déterminant. « Un déséquilibre entre les œstrogènes et la progestérone peut stopper le développement embryonnaire », explique le spécialiste. De plus, des carences sévères en acide folique ou en fer peuvent engendrer des anomalies neurologiques fatales pour le fœtus.

D’autres facteurs de risque incluent :

  • Les anomalies chromosomiques : des problèmes génétiques survenant dès la conception.
  • L’incompatibilité de Rhesus : particulièrement quand la mère est de groupe sanguin négatif et le père positif.
  • Les pathologies chroniques : un diabète mal contrôlé, l’hypertension artérielle ou des troubles rénaux et cardiaques.

Le poids des infections et des comportements à risque

Au Tchad, les maladies infectieuses constituent une menace majeure pour les femmes enceintes. Le paludisme, la syphilis, la toxoplasmose ou encore les infections du liquide amniotique sont fréquemment responsables de ces drames. Parallèlement, le médecin met en garde contre l’automédication et l’usage détourné de certains traitements hormonaux ou pilules.

Chez les jeunes mères, des habitudes de vie néfastes, comme la consommation d’alcool ou l’ignorance de certaines pratiques dangereuses durant la gestation, aggravent les statistiques. Le Dr Djonka déplore également que des outils de diagnostic essentiels, tels que l’échographie endovaginale ou les tests génétiques, demeurent difficilement accessibles à la majorité de la population.

Un traumatisme psychologique à ne pas négliger

Au-delà de l’épreuve physique, les fausses couches successives détruisent l’estime de soi et peuvent plonger les femmes dans une profonde dépression. Pour briser ce cycle, il est impératif de consulter un professionnel de santé dès le désir de maternité.

Le Dr Deubalbe Djonka Djoret insiste sur l’importance de la consultation préconceptionnelle. Ce suivi permet d’identifier et de traiter les facteurs de risque avant même le début de la grossesse, assurant ainsi une meilleure protection pour la mère et l’enfant à venir.