Assimi Goïta, chef de l’État et ministre de la Défense : une centralisation des pouvoirs à Bamako

En s’attribuant officiellement le ministère de la Défense en sus de sa fonction de Chef de l’État, le Colonel Assimi Goïta achève une centralisation sans précédent du pouvoir à Bamako. Cette décision, bien plus qu’un simple remaniement administratif, révèle une faille dans la chaîne de commandement et une stratégie militaire en difficulté. Entre la perte de Kidal face au JNIM et à la FLA, et l’efficacité contestée de ses alliés russes, le Mali s’enfonce dans une zone de turbulences inédite.

À Bamako, tous les regards se tournent désormais vers Koulouba. En cumulant les rôles de président et de ministre de la Défense, Assimi Goïta ne se limite plus à fixer la politique nationale ; il devient le premier responsable opérationnel de l’armée. Pour les observateurs régionaux, ce geste reflète une défiance grandissante au sein de l’entourage du pouvoir.

Dans un contexte de transition prolongée, cette hyper-centralisation soulève une question cruciale : comment une seule personne peut-elle gérer simultanément les affaires de l’État, la diplomatie et les enjeux tactiques d’une guerre asymétrique ? Ce cumul de mandats ressemble à une fuite en avant. En supprimant les intermédiaires ministériels, Goïta se place en première ligne. Chaque échec sur le terrain ne sera plus imputable à un subordonné, mais deviendra son propre revers.

Kidal, symbole d’un revers stratégique et tactique

Il y a peu, les autorités célébraient avec fierté la « libération » de Kidal, brandie comme un symbole de souveraineté retrouvée. Pourtant, la réalité a rapidement balayé ces espoirs. La ville, verrou stratégique du Nord, a été reprise par les groupes armés, notamment le JNIM et les forces de la CMA/FLA.

Ce revers dépasse le simple symbole ; il est tactique. La reprise de Kidal par les insurgés prouve que l’armée malienne, malgré ses promesses de montée en puissance, peine à maintenir ses positions. L’absence d’administration civile et le vide sécuritaire ont permis aux groupes djihadistes et aux rebelles indépendantistes de s’y réinstaller rapidement. Le JNIM, en particulier, semble avoir perfectionné sa stratégie, isolant les garnisons et coupant les voies de ravitaillement, transformant les victoires maliennes en succès éphémères.

L’alliance russe : une stratégie sécuritaire en question

Le second pilier de la stratégie d’Assimi Goïta repose sur le partenariat avec la Russie, matérialisé par les paramilitaires du groupe Wagner (aujourd’hui rebaptisés Africa Corps). Bien que présenté comme une alternative souveraine face à l’ancienne puissance coloniale française, les résultats concrets peinent à se concrétiser.

Les instructeurs russes, bien que déployés sur les fronts les plus critiques, semblent privilégier une approche de « terre brûlée ». Cette méthode, loin de stabiliser la région, alimente les frustrations locales et favorise le recrutement par les groupes terroristes. Pire encore, l’efficacité opérationnelle de ces mercenaires est remise en cause par la facilité avec laquelle les colonnes maliennes tombent dans des embuscades meurtrières. La Russie, elle-même accaparée par son conflit en Europe, peut-elle vraiment offrir au Mali l’appui aérien et technologique nécessaire pour contrer la mobilité du JNIM ? Rien n’est moins sûr.

Une diplomatie malienne en déclin face aux défis régionaux

Cette crise sécuritaire s’inscrit dans un isolement diplomatique croissant. En quittant la CEDEAO pour former l’Alliance des États du Sahel (AES), le Mali a choisi la voie de l’autarcie sécuritaire. Pourtant, la réalité est implacable : les frontières sont perméables, et le terrorisme ne connaît pas de frontières nationales.

En s’isolant des mécanismes de coopération régionale, Bamako se prive d’informations stratégiques et d’un soutien logistique essentiel. Le cumul des mandats par Goïta est perçu par les pays voisins comme une volonté d’autorité excessive, rendant tout dialogue encore plus difficile. Le Mali se retrouve ainsi dans une situation paradoxale : il revendique sa souveraineté par les armes, mais dépend de forces extérieures opaques et d’une chaîne de commandement concentrée entre les mains d’un seul homme.

Un avenir incertain pour le Mali : entre enlisement et nécessité de changement

Le bilan est lourd pour les populations du Centre et du Nord. Malgré les changements de leadership et les alliances géopolitiques, l’insécurité progresse. Les attaques contre les convois, qu’ils soient civils ou militaires, sont devenues quotidiennes.

Le nouveau « Président-Ministre de la Défense » mise tout sur cette stratégie. Si la situation sécuritaire ne s’améliore pas rapidement, le mécontentement populaire, actuellement contenu par une répression sécuritaire, pourrait éclater. L’histoire africaine regorge d’exemples où la concentration excessive du pouvoir a conduit à des instabilités majeures.

Pour sortir de l’impasse, le Mali devra impérativement repenser sa stratégie globale. La force brute et les alliances mercenaires ont montré leurs limites. Sans une gouvernance inclusive et une véritable politique de reconquête sociale des territoires, l’épée d’Assimi Goïta risque de s’émousser face à la résilience des groupes armés.

Il est temps de passer d’une communication de guerre à un réalisme politique urgent. Car derrière les discours et les uniformes, c’est l’existence même de l’État malien qui se joue sur les sables mouvants du Nord.