Près de trois ans après la fin de la transition politique au Mali, une affaire judiciaire majeure concernant d’anciennes figures clés refait surface. Six personnalités, liées par leur proximité avec l’ex-président de transition Bah N’Daw, comparaissent aujourd’hui devant les chambres criminelles de la cour d’appel de Bamako. Ce procès, l’un des plus médiatisés depuis le début de la crise institutionnelle, marque un tournant dans l’évaluation des tensions politiques ayant secoué le pays entre 2020 et 2021.
Un dossier judiciaire vieux de trois ans
Parmi les accusés figurent des personnalités influentes de l’ère transitionnelle, dont le colonel Kassoum Goïta, ancien responsable des services de renseignement, et Kalilou Doumbia, ancien secrétaire général de la présidence. Leur détention, effective depuis 2021, s’inscrit dans le cadre d’une enquête pour « tentative de complot contre le gouvernement de transition ». Les autorités n’ont cependant jamais communiqué les éléments concrets de ces accusations, laissant planer un mystère sur les motivations profondes de cette procédure.
Des profils variés au cœur du scandale
Le groupe mis en cause rassemble trois civils et trois militaires, tous anciens acteurs de la transition. Outre les deux figures citées précédemment, on retrouve un adjudant-chef des services de sécurité, un commissaire de police, un homme d’affaires et un marabout. Chacun de ces accusés nie farouchement les allégations portées à leur encontre, qualifiant l’affaire de manœuvre politique visant à écarter des rivaux.
Un procès à l’écho politique retentissant
Dès le lancement de cette procédure, les avocats de la défense ont dénoncé un « judiciarisation abusive des conflits politiques ». Ils estiment que leurs clients sont victimes de persécutions en raison de leur fidélité à Bah N’Daw, renversé lors du second coup d’État de mai 2021. Un argument renforcé par le non-lieu prononcé en juin 2022 en faveur de Kalilou Doumbia et d’un ancien haut gradé de Kayes, Moustapha Diakité. Malgré cette décision, ces derniers sont restés emprisonnés, illustrant les contradictions d’un système judiciaire perçu comme instrumentalisé.
En janvier 2023, la cour d’appel a confirmé le renvoi des six accusés devant la juridiction criminelle, signant le début d’une procédure judiciaire toujours en cours. Depuis, toutes les demandes de libération provisoire ont été rejetées, maintenant ces hommes derrière les barreaux malgré l’absence de preuves tangibles.
L’espoir d’une justice impartiale
Lors de l’audience de ce mardi, les six prévenus devront répondre aux accusations portées contre eux. Leurs avocats clament leur innocence et espèrent que ce procès permettra enfin de lever le voile sur les circonstances réelles de leur incarcération. « Ce procès doit servir à rétablir la vérité et à innocenter nos clients », a déclaré l’un de leurs défenseurs.
Parallèlement, en décembre 2021, les avocats avaient saisi la justice contre le général Modibo Koné, actuel directeur des services de renseignement. Ils l’accusent d’avoir orchestré des arrestations illégales lors de cette affaire. Pourtant, à ce jour, aucune suite judiciaire n’a été donnée à cette plainte, alimentant les suspicions sur l’équité des procédures engagées.