Pour Mbembe, la démocratie reste un mirage en Afrique
Lors de la 3ᵉ édition des Assises africaines de la démocratie, organisée à Dakar, le philosophe camerounais Achille Mbembe a livré une analyse sans concession des systèmes politiques africains. Selon lui, le continent n’a jamais connu de véritable démocratie, mais seulement des simulacres électoraux.
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Une démocratie jamais vraiment instaurée
Président de la Fondation pour l’innovation pour la démocratie, Achille Mbembe rejette l’idée d’une crise de la démocratie en Afrique. Pour lui, cette notion n’a tout simplement jamais été appliquée :
« Il ne peut y avoir de crise de la démocratie là où elle n’existe pas. »
Ce que beaucoup qualifient de crise relève en réalité d’un multipartisme administratif, où les élections sont souvent contestées et ne reflètent pas une véritable volonté populaire.
Le concept de « démocratie tropicale » rejeté
Interrogé sur la notion de « démocratie tropicale », Mbembe la balaye d’un revers de main. Pour lui, cette expression relève d’un néocolonialisme déguisé, visant à discréditer les modèles politiques africains :
« Tropicaliser la démocratie n’a aucun sens. »
Le philosophe plaide plutôt pour une démocratie endogène, ancrée dans les réalités culturelles et sociales du continent.
Le franc CFA et la souveraineté monétaire
Sur le plan économique, Achille Mbembe critique le franc CFA et appelle à la création d’une monnaie africaine souveraine. Il souligne également les différences entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale :
- Afrique de l’Ouest : des sociétés civiles dynamiques et une diaspora influente.
- Afrique centrale : un immobilisme politique persistant, avec des régimes qualifiés de « ténébreux ».
« L’Afrique centrale est le cœur des ténèbres de la politique postcoloniale. »
Des pays comme le Cameroun, le Tchad ou la République centrafricaine restent fermés à toute émancipation populaire.
Réparations et mémoire historique
Lors d’une conférence sur la justice réparatrice, Mbembe a défendu l’idée de réparations pour les crimes de la traite négrière, tout en insistant sur la responsabilité africaine :
« Il faut exiger réparation, car ce qui a été perdu est irréparable. »
Mais il rappelle aussi que certaines élites africaines ont participé à ces crimes, soulignant la nécessité d’une justice horizontale pour réconcilier les fragments de l’Afrique.
Une réflexion nécessaire pour l’avenir
À travers cet entretien, Achille Mbembe invite à repenser la démocratie, la souveraineté et la justice en Afrique. Ses analyses, à la fois historique, politique et philosophique, offrent une grille de lecture pour comprendre les défis du continent.