Le Mali fait face à une escalade alarmante de la menace terroriste, portée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à al-Qaïda. Malgré les opérations militaires menées par les forces gouvernementales et leurs alliés, les attaques revendiquées par cette organisation djihadiste se multiplient sur l’ensemble du territoire malien. Embuscades contre l’armée, assauts de postes militaires et contrôle progressif de zones rurales : le JNIM renforce son emprise, mettant en lumière les limites des stratégies sécuritaires actuelles.
Une expansion territoriale qui inquiète la région
L’influence grandissante du JNIM ne se limite plus au Mali. Le groupe étend désormais ses activités à travers tout le Sahel, inquiétant non seulement les pays voisins, mais aussi les États africains situés en périphérie de cette zone instable. Face à l’affaiblissement des gouvernements locaux, couplé à une crise économique persistante, le risque de propagation de cette insécurité devient une préoccupation majeure pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.
Les récentes attaques dans plusieurs villages de la région de Bandiagara, dans le centre du pays, illustrent cette dynamique. Revendiquées par le JNIM, ces violences ont laissé craindre un basculement plus large vers un contrôle territorial par le groupe, alors que l’État malien peine à maintenir son autorité dans certaines zones reculées.
Une stratégie d’enracinement plutôt que de conquête
Contrairement à une approche purement mobile et clandestine, le JNIM adopte depuis plusieurs années une tactique d’implantation durable. Exploitant les tensions communautaires, les rivalités locales et l’absence d’infrastructures étatiques, le groupe construit des réseaux d’influence dans les zones où l’État est absent. Il impose des systèmes de médiation, des règles de circulation et même des taxes parallèles, instaurant de fait un ordre alternatif là où l’autorité malienne a disparu.
Cette stratégie explique pourquoi les réponses purement militaires peinent à stabiliser durablement les régions concernées. Une opération peut reprendre temporairement une zone, mais sans restauration concomitante de l’administration, de la justice ou des services publics, la menace persiste et se reconfigure.
Le tournant sécuritaire malien : entre souveraineté affichée et réalités du terrain
Depuis le retrait des forces françaises et le renforcement des partenariats avec la Russie, les autorités de Bamako misent sur une souveraineté militaire accrue. Le pouvoir de transition présente cette orientation comme une rupture avec les dépendances passées, notamment occidentales. Pourtant, sur le terrain, les violences continuent, et les groupes armés conservent une mobilité redoutable.
Par ailleurs, plusieurs organisations internationales ont pointé du doigt des allégations de violations des droits humains impliquant les forces maliennes et leurs alliés russes. Bamako rejette ces accusations, les qualifiant de tentatives de déstabilisation étrangères. Cette polarisation affaiblit davantage les espaces de dialogue politique et de médiation.
Le Sahel, un terrain de rivalités géopolitiques
La crise sahélienne s’inscrit désormais dans un contexte de compétition internationale. La Russie, la Turquie, les Émirats arabes unis, les puissances occidentales et les États régionaux cherchent tous à étendre ou préserver leur influence dans cette zone stratégique.
Dans ce contexte de fragmentation accrue, les groupes terroristes comme le JNIM exploitent les failles entre les États, les frontières poreuses et l’effondrement des coopérations régionales. Le risque ? Une normalisation progressive de l’insécurité chronique, où ni l’État ni les groupes armés ne contrôlent pleinement le territoire. Une question persiste : jusqu’où le JNIM ira-t-il dans son projet de domination ? Avec le désengagement progressif des mercenaires du groupe Africa Corps des zones de conflit, la junte malienne devra faire face à un nouveau défi : maintenir la sécurité sans soutien extérieur.
Mourad Ighil
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