Un revers stratégique et symbolique pour les forces russes au Mali. Ce week-end, les mercenaires de l’Africa Corps, successeurs du groupe Wagner depuis 2025, ont été contraints à une retraite humiliante à Kidal, dans le nord-est du pays. Des images partagées sur les réseaux sociaux montrent leurs véhicules blindés et hélicoptères abandonnés entre les mains des djihadistes du GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) et des rebelles touaregs du Front de libération de l’Azawad. Plusieurs soldats maliens ont également été capturés après des affrontements brefs mais violents.
Depuis samedi, le Mali subit une vague d’attaques coordonnées menées par le GSIM, affilié à Al-Qaïda, en collaboration avec le FLA. Les djihadistes ont visé des positions clés de la junte, y compris en périphérie de Bamako, la capitale. Parmi les villes touchées figurent également Kati — où se trouve la principale base militaire du pays — Gao, ancienne base de l’ONU, et d’autres localités stratégiques.
Kidal, un symbole perdu pour les mercenaires russes
Lundi, l’Africa Corps, contrôlé par le ministère russe de la Défense, a officiellement confirmé sa retraite de Kidal. Une revanche pour les rebelles touaregs, qui avaient vu les mercenaires de Wagner — prédécesseurs de l’Africa Corps — s’emparer de la ville en novembre 2023. Selon Djenabou Cissé, chercheuse à la Fondation pour la recherche stratégique, cette perte marque un « échec cuisant » pour la junte et ses alliés russes. « La prise de Kidal était le seul succès stratégique tangible depuis leur arrivée au Mali en 2021 », souligne-t-elle.
Les attaques djihadistes ont aussi frappé Bamako et ses alentours, témoignant de l’avancée des groupes armés. Le bilan humain et matériel s’alourdit, tandis que la junte tente tant bien que mal de maintenir son emprise sur le pays. Depuis le coup d’État de 2021, le Mali est dirigé par une junte militaire, mais la situation sécuritaire ne cesse de se dégrader.
Des alliés inefficaces face à la menace djihadiste
Depuis 2021, la junte malienne s’appuie sur des mercenaires russes pour lutter contre les groupes armés, d’abord avec Wagner, puis avec l’Africa Corps. Pourtant, les violences n’ont fait qu’empirer, avec une recrudescence des exactions contre les civils. Wassim Nasr, expert en mouvements djihadistes, rappelle que l’inefficacité de ces groupes était prévisible : « Les mercenaires russes n’ont jamais été des partenaires fiables dans la lutte antiterroriste ». Plusieurs rapports de l’ONU et d’ONG ont d’ailleurs documenté des violences sexuelles et des exactions commises par ces forces.
Les images diffusées ce week-end illustrent l’ampleur des attaques. À Kidal, les djihadistes ont pris d’assaut le bureau du gouverneur, tandis qu’à Bamako, des habitants ont vu les combattants du GSIM pénétrer dans la ville sans résistance. À Kati, quartier général de la junte, une explosion a détruit la résidence du ministre de la Défense, Sadio Camara, tué lors de l’assaut.
Une junte sous pression après la chute de Kidal
Face à cette crise, le Premier ministre Abdoulaye Maïga a rendu hommage au ministre défunt, tout en tentant de rassurer la population. Le chef de la junte, Assimi Goïta, a déclaré mardi que la situation était « sous contrôle » et que les opérations se poursuivraient jusqu’à l’éradication des groupes responsables. Pourtant, les déclarations officielles peinent à convaincre.
Un officier malien a révélé à RFI que les mercenaires russes auraient été prévenus trois jours avant l’attaque de Kidal, mais n’auraient rien fait. « Ils avaient déjà négocié leur départ », affirme-t-il. Certains observateurs craignent que d’autres retraits ne fragilisent encore davantage l’armée malienne, déjà en difficulté.
Le Kremlin, par la voix de son porte-parole Dmitri Peskov, a refusé de commenter la capacité de l’Africa Corps à stabiliser la situation. Cependant, il a affirmé que les mercenaires russes avaient empêché une tentative de coup d’État fomentée par le FLA et le GSIM, selon l’agence Reuters.