L’Afrique détient une part majeure des réserves mondiales de minerais stratégiques, ces ressources indispensables à la transition énergétique et à l’essor du numérique. Lors d’une rencontre d’envergure en juillet 2026, experts, responsables politiques et acteurs du secteur extractif ont analysé comment ce basculement redéfinit les rapports de force économiques et sécuritaires sur le continent.
Une manne minérale sous haute tension géopolitique
La demande en cobalt, lithium, nickel, graphite et terres rares ne cesse de croître, portée par l’électrification des transports et le développement des infrastructures technologiques. Avec près de 30 % des réserves mondiales identifiées, l’Afrique se positionne au cœur d’une compétition internationale intense. Les grandes puissances – États-Unis, Chine, Union européenne, mais aussi certains pays du Golfe – multiplient les alliances stratégiques, les investissements et les prises de participation dans les zones minières africaines.
Cette dynamique transforme profondément l’économie politique du continent. Les pays producteurs, comme la République démocratique du Congo pour le cobalt, la Guinée pour la bauxite, le Zimbabwe pour le lithium ou le Mozambique pour le graphite, voient leur pouvoir de négociation s’accroître. Pourtant, cette manne minérale reste fragile : elle expose les États aux fluctuations des prix et aux risques de conflits, tout en alimentant parfois des économies illégales exploitées par des groupes armés.
Gouvernance et traçabilité : les défis d’une exploitation équitable
Un constat s’impose : la valeur ajoutée de l’exploitation minière est majoritairement captée hors d’Afrique. Les phases de raffinage, de traitement chimique et de fabrication de batteries se concentrent en Asie, reléguant les pays africains au rôle de simples fournisseurs de matières premières. Quelques initiatives récentes tentent de renverser cette tendance. L’exemple le plus marquant ? L’accord entre la République démocratique du Congo et la Zambie pour créer une chaîne de valeur régionale dédiée aux batteries électriques.
Parallèlement, l’extraction minière s’effectue souvent dans des zones instables, où se mêlent ressources abondantes et fragilité institutionnelle. L’est de la République démocratique du Congo, le Sahel ou certaines régions du golfe de Guinée illustrent cette équation complexe. Les intervenants ont insisté sur la nécessité de renforcer la traçabilité des minerais, à l’image des mécanismes mis en place par l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE), et de renforcer la coopération panafricaine pour sécuriser ces filières.
Transformer les minerais sur place : la clé d’une souveraineté retrouvée
L’idée d’une « seconde indépendance » émerge comme un leitmotiv dans les discussions. Elle symbolise la volonté de rompre avec un modèle hérité de la colonisation, où l’Afrique exporte des matières brutes pour importer des produits finis à haute valeur ajoutée. Pour y parvenir, plusieurs pistes sont envisagées : investissements massifs dans les infrastructures énergétiques, formation de compétences locales, création de zones économiques spéciales dédiées à la métallurgie, et révision des cadres fiscaux miniers.
Certains pays prennent déjà des mesures concrètes. La Guinée a imposé la construction d’une raffinerie d’alumine sur son territoire dans le cadre du projet Simandou. Le Zimbabwe a interdit l’exportation de lithium brut dès 2022. La Namibie et le Botswana explorent des réglementations exigeant une part minimale de transformation locale. Ces décisions, bien que parfois contestées par les investisseurs internationaux, marquent un tournant dans la gestion des ressources naturelles.
Les institutions financières africaines jouent également un rôle clé. La Banque africaine de développement (BAD) et Afreximbank développent des outils de financement adaptés aux projets de transformation, tandis que les fonds souverains du Golfe renforcent leur présence dans le secteur. La souveraineté minérale ne se jouera pas seulement dans les mines, mais aussi dans les salles de marché, où se décide l’avenir économique du continent.