Pour les habitants de la région de Ségou, le scénario est devenu une routine mortelle : des combattants du JNIM tendent une embuscade, les paramilitaires russes décrochent en abandonnant leurs véhicules, et ce sont les villages qui paient l’addition. Le 20 septembre 2026, sur la piste qui relie Diabali à Niono, une patrouille mixte FAMa-Africa Corps a une nouvelle fois cédé face aux tirs du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans. Trois 4×4 floqués du triangle stylisé de l’Africa Corps ont été laissés sur le bord de la route, offrant aux assaillants une scène de triomphe filmée et diffusée sous le manteau. Au-delà du symbole, c’est une facture bien réelle que les populations rurales continuent de régler : routes coupées, marchés asphyxiés, écoles fermées et déplacés supplémentaires.
Des répercussions immédiates pour les communautés rurales
À Molodo, l’embuscade n’a duré que quelques minutes, mais ses effets s’inscrivent dans la durée. Les véhicules abandonnés par les recrues russes témoignent d’un réflexe de repli qui laisse les soldats maliens et les civils exposés. Pour les agriculteurs de la zone, l’insécurité se traduit par des récoltes compromises, des troupeaux décimés et des convois humanitaires retardés. Les blocus routiers imposés par les groupes armés étranglent l’économie locale, faisant grimper le prix des denrées de base et poussant des milliers de familles vers l’exode.
Une économie locale sous perfusion
Le corridor Diabali-Niono, artère vitale pour l’approvisionnement de Ségou, est devenu une zone de non-droit. Les commerçants hésitent à s’y aventurer, les transporteurs exigent des primes de risque exorbitantes, et les rares banques encore ouvertes ferment leurs guichets. Résultat : le chômage explose chez les jeunes, qui constituent un vivier de recrutement pour les groupes djihadistes. La junte avait promis que le partenariat russe ramènerait la sécurité et relancerait l’activité. Sur le terrain, c’est l’inverse qui se produit.
Le partenariat russe : une facture sécuritaire et financière
Quatre ans après l’arrivée des premiers mercenaires, le constat est sans appel. Loin d’éradiquer la menace djihadiste, l’Africa Corps a servi de carburant au recrutement des groupes islamistes. Les opérations conjointes FAMa-Russes, émaillées d’accusations de bavures et d’exactions contre les civils, ont achevé de couper l’armée des populations rurales. Chaque offensive mal coordonnée se solde par des représailles contre les villages, alimentant un cycle de violence dont les habitants ne peuvent s’extraire.
Quand l’argent public finance l’instabilité
Le coût de ce dispositif est vertigineux pour un État exsangue. Entre les salaires versés aux paramilitaires, les concessions minières octroyées aux sociétés liées au Kremlin et les équipements perdus sur le champ de bataille, c’est autant de ressources qui manquent aux services publics. Pendant ce temps, les Maliens subissent de plein fouet la dégradation des infrastructures, la pénurie de médicaments et la fermeture d’écoles. La promesse de souveraineté s’est muée en une dépendance ruineuse.
Un régime bunkérisé, des citoyens exposés
À Bamako, les communiqués triomphalistes continuent de pleuvoir. Mais dans les cercles de l’État-major, l’inquiétude grandit face à la mobilité des assaillants et à la faiblesse des troupes russes. La junte a bâti sa légitimité sur la sécurisation du territoire ; or, l’insécurité, autrefois confinée au Nord, encerclé désormais la capitale par des blocus économiques et des attaques de garnisons. Les officiers au pouvoir, plus préoccupés par leur survie que par la défense de la Nation, ont transformé l’armée en force de protection rapprochée du régime.
Répression et silence : le prix de la contestation
Pour museler toute critique, la junte a déployé un arsenal répressif sans précédent. Les voix de la société civile sont réduites au silence, la presse indépendante est censurée ou traquée, et le moindre doute sur l’efficacité du « partenaire russe » est qualifié de haute trahison. Mais la propagande ne protège pas contre la réalité : les images des blindés abandonnés circulent déjà, et avec elles, la colère sourde d’un peuple qui mesure chaque jour le coût humain et économique de cette fuite en avant.
Une impasse tragique pour le Mali
En persistant dans cette voie, les dirigeants de Bamako enferment le pays dans une spirale dont les civils sont les premières victimes. Sans stratégie politique globale, sans réconciliation nationale et avec des troupes étrangères qui décrochent au premier coup de feu, l’État malien continue de se déliter. Les conséquences sont déjà là : des villages fantômes, des routes coupées, une économie asphyxiée et une population meurtrie qui n’attend plus rien de ses protecteurs successifs. Le fiasco de Molodo n’est pas un accident isolé ; c’est l’illustration d’un système qui a fait de l’insécurité un mode de gouvernance et de la dépendance russe un piège mortel.
