Niger : comment la junte de tiani révèle les failles cachées de la souveraineté promise

Niger : comment la junte de tiani révèle les failles cachées de la souveraineté promise

Les coulisses d’une souveraineté en trompe-l’œil sous le régime Tiani

Quand le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) a renversé le président Bazoum en juillet 2023, ses dirigeants promettaient de rompre avec les faiblesses du pouvoir civil. Pourtant, plus de trois ans après ce coup d’État, les Nigériens assistent à une curieuse inversion des rôles : loin d’incarner l’indépendance tant annoncée, le régime militaire de Niamey révèle aujourd’hui des mécanismes de dépendance bien plus insidieux. Entre alliances opaques avec Moscou, ouverture des frontières à des partenaires étrangers sans concertation, et abandon des projets économiques phares, la « souveraineté retrouvée » se transforme en un leurre.

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Des partenariats géopolitiques signés dans l’ombre de la nation

Les discours triomphalistes sur l’expulsion des forces françaises et américaines avaient marqué le début de cette ère soi-disant libératrice. Pourtant, leur départ a laissé place à de nouvelles dépendances, tout aussi préoccupantes. La présentation publique d’une alliance avec la Russie, matérialisée par la présence de conseillers et de forces paramilitaires, s’accompagne désormais d’un rapprochement inattendu avec Alger. Le déploiement récent de soldats algériens près de la base de Madama, à plus de 200 km à l’intérieur du territoire, soulève une question cruciale : qui contrôle réellement les frontières du Niger ?

Ces accords, négociés sans l’aval du Parlement ni celui de la population, révèlent une souveraineté plus théorique que réelle. Ce que le CNSP dénonçait autrefois comme une « trahison » sous Bazoum semble aujourd’hui devenir la norme sous son propre régime. Une ironie amère pour des dirigeants qui incarnaient la rupture avec le passé.

Un échec sécuritaire qui contredit toutes les promesses initiales

Le prétexte sécuritaire avait servi de catalyseur au putsch de 2023. Pourtant, trois ans plus tard, les groupes armés comme l’État Islamique au Grand Sahara (EIGS) ou le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (JNIM) continuent de semer la terreur. Dans les régions de Diffa, Maradi, Tahoua et Tillabéri, les populations subissent toujours les mêmes violations : écoles fermées, centres de santé inaccessibles, villages rasés. Les frappes aériennes, bien que plus fréquentes, peinent à inverser la tendance, laissant présager une insécurité structurelle, bien loin des annonces triomphales des premières heures.

Économie en berne : quand les projets d’indépendance se heurtent à la réalité

Sur le papier, le Niger disposait de ressources naturelles colossales pour financer sa transformation : pétrole, gaz, uranium… Pourtant, l’exploitation de ces richesses reste prisonnière de tergiversations politiques et de retards administratifs incompréhensibles. Le projet de permis pétrolier à Kafra, comme celui du gazoduc transsaharien, accumule les retards, tandis que les investisseurs étrangers hésitent à s’engager dans un climat d’instabilité chronique. La rhétorique de l’autonomie économique se heurte à une réalité implacable : sans stabilité politique et sans attractivité sécuritaire, le potentiel économique du pays reste largement sous-exploité.

Le silence complice d’une société civile divisée

Dès les premiers mois qui ont suivi le coup d’État, les partisans du CNSP célébraient la rupture avec le passé. Pourtant, aujourd’hui, les mêmes voix se taisent alors que le régime reproduit, voire amplifie, les erreurs qu’il dénonçait. Les critiques, autrefois tonitruantes contre Bazoum, sont aujourd’hui étouffées sous le poids d’une répression douce mais effective. Les opposants, réduits au silence, dénoncent un paradoxe cruel : ceux qui exigeaient hier la démocratie semblent aujourd’hui se contenter de l’ordre imposé par la force.

Cette apathie relative de la société civile contraste avec l’urgence des crises qui frappent le pays. Entre une économie stagnante, une insécurité qui persiste et une gouvernance de plus en plus opaque, les Nigériens paient le prix d’une transition qui, au lieu de les libérer, les enferme dans un cycle de déceptions et de privations. La souveraineté tant célébrée apparaît ainsi comme un miroir aux alouettes, reflétant moins la réalité du pouvoir que les illusions perdurantes d’une junte en quête de légitimité.

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