Acculés par une série de frappes aériennes et d’interventions au sol coordonnées par le Tchad, avec l’appui du Nigeria et du Niger, les insurgés de Boko Haram ont été contraints d’abandonner leurs positions sur le lac Tchad.

Depuis plusieurs jours, les forces aériennes tchadiennes pilonnent les caches de Boko Haram situées sur des îlots isolés au cœur de cette vaste zone marécageuse. Ce territoire, partagé entre le Nigeria, le Cameroun, le Niger et le Tchad, est devenu depuis 2009 une zone de repli pour les groupes radicaux, notamment Boko Haram et l’État islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap).

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Ces raids intensifs n’ont pas été sans conséquences pour les civils. Des dizaines de pêcheurs nigérians, installés sur ces îles sous le contrôle de la secte et soumis à un impôt forcé, ont perdu la vie. Des blessés graves, souffrant de brûlures importantes, ont été évacués vers l’hôpital de Bosso, au Niger, pour y recevoir des soins d’urgence.

Une fuite désordonnée vers les rives

Les témoignages recueillis font état d’un exode massif des terroristes. « Les membres de Boko Haram désertent les îles de la région de Shuwa, à la confluence des frontières », rapporte un témoin local arrivé récemment à Maiduguri, dans l’État de Borno. Sous la pression des bombes, les combattants et leurs proches évacuent leurs campements à bord de pirogues rudimentaires, fuyant des localités comme Dogon Chukwu, Kangarwa, Gashakar, Yawan Mango ou encore Kwatar Mota.

En parallèle des bombardements, des combats terrestres acharnés ont opposé l’armée tchadienne aux jihadistes sur l’île de Kaukeri, considérée comme un centre névralgique du groupe dans la cuvette du lac.

Une riposte militaire d’envergure

Cette offensive d’envergure fait suite à plusieurs attaques sanglantes ayant visé les troupes tchadiennes. Le Tchad a récemment pleuré la perte de deux généraux dans une embuscade, tandis qu’une base militaire sur les rives du lac avait été la cible d’un assaut meurtrier coûtant la vie à au moins 24 soldats.

La coopération régionale est au cœur de cette opération. Le Nigeria et le Niger ont joint leurs efforts à ceux de N’Djamena, chaque nation ayant déployé deux avions de chasse pour coordonner les frappes aériennes. Désormais, les fuyards se retrouvent pris au piège sur les rives, hésitant à s’enfoncer dans les terres de peur de tomber sur les territoires contrôlés par l’Iswap, leur organisation rivale depuis la scission de 2016.

L’insurrection jihadiste dans cette partie de l’Afrique a déjà provoqué des milliers de décès et le déplacement de millions d’individus. Pour faire face à cette menace persistante, les pays limitrophes ont réactivé la Force multinationale mixte, un mécanisme de défense collective dont l’origine remonte à 1994.