L’Assemblée générale de l’ONU vient de rendre public un scrutin historique : pour la 34ᵉ fois depuis 1962, une résolution appelant à la levée du blocus américain contre Cuba a été adoptée. Pourtant, le vote du 28 octobre 2026 réserve une surprise de taille : pour la première fois, le Maroc foule aux pieds la ligne africaine en se rangeant parmi les 17 pays opposés au texte. Une décision qui interroge en profondeur les fondements diplomatiques du royaume et ses rapports avec le continent.
Derrière le scrutin : un Maroc en décalage avec l’Afrique
Avec 130 voix pour, 25 abstentions et seulement 17 contre, la résolution onusienne sur le blocus cubain a maintenu une majorité écrasante en sa faveur. Pourtant, une analyse fine des résultats révèle un clivage inattendu : le Maroc est le seul pays africain à avoir rejeté le texte, alors que ses pairs continentaux soutenaient massivement la levée des sanctions. Une posture qui tranche avec la tradition diplomatique africaine, souvent marquée par la défense de la souveraineté des États et la condamnation des mesures économiques coercitives.
Ce vote isolé intervient dans un contexte où l’unité africaine s’est historicment illustrée par une solidarité sur les questions de droit international et d’ingérence économique. Le Maroc, lui, choisit une voie opposée, sans explication officielle immédiate, ce qui alimente les spéculations sur les motivations profondes de cette décision.
Un revirement stratégique aux enjeux multiples
Le scrutin de 2026 marque un changement notable par rapport à 2025, année où le Maroc s’était abstenu au lieu de voter contre. Ce revirement soulève plusieurs questions : le royaume cherche-t-il à marquer une rupture avec ses alliances traditionnelles ? Ou s’agit-il d’une stratégie plus large, liée à des négociations en cours avec Washington ?
Les diplomates observent que plusieurs pays européens, comme l’Allemagne ou l’Italie, ont également troqué leur soutien historique contre une abstention cette année, sous l’effet d’une pression accrue des États-Unis. Le Maroc, cependant, va plus loin en s’inscrivant parmi les opposants déclarés, ce qui pourrait refléter une convergence d’intérêts plus marqués avec le camp américain.
Le blocus cubain : un dossier aux ramifications mondiales
Depuis 1960, le blocus imposé par les États-Unis à Cuba structure une partie des tensions géopolitiques. Washington justifie ces mesures par la politique intérieur cubaine et les droits humains, tandis que La Havane y voit une violation de sa souveraineté et un entrave à son développement économique.
Le débat dépasse le simple cadre bilatéral : les entreprises et institutions étrangères sont régulièrement affectées par l’extraterritorialité des sanctions américaines, notamment via l’application du titre III de la loi Helms-Burton. Pour les partisans de la résolution, cette levée de l’embargo permettrait à Cuba de relancer son économie, étouffée par des pénuries chroniques, une crise énergétique persistante et des coupures de courant récurrentes.
Entre victoire symbolique et enjeux concrets
Pour Cuba, cette nouvelle adoption de la résolution constitue une victoire diplomatique, même si son caractère non contraignant limite son impact immédiat. La levée définitive de l’embargo dépendra toujours de la volonté politique du Congrès américain, une décision qui reste bloquée depuis des décennies.
Pour le Maroc, ce vote ouvre autant de questions qu’il en ferme. Pourquoi choisir ce moment précis pour s’éloigner de la position africaine ? S’agit-il d’un compromis temporaire ou d’un alignement durable avec Washington ? Une chose est sûre : l’Afrique observe, et certains pays pourraient reconsidérer leurs alliances économiques ou politiques avec le royaume dans les mois à venir.
Que retenir de cette décision marocaine ?
Trois éléments clés émergent de ce scrutin :
- L’isolement diplomatique du Maroc sur un dossier africain historiquement consensuel.
- Un possible tournant stratégique, notamment si cette position s’inscrit dans une nouvelle approche des relations internationales par Rabat.
- Un signal envoyé à Washington, alors que les États-Unis multiplient les efforts pour réduire le soutien international à la résolution sur Cuba.
Sans justification publique, cette décision reste mystérieuse. Elle confirme cependant que les équilibres diplomatiques évoluent, et que les solidarités continentales peuvent être mises à l’épreuve par des intérêts géostratégiques de plus grande envergure.

