L’interdiction gabonaise d’importer du poulet de chair entre en vigueur le 1er janvier 2027. Washington a saisi l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Le dossier oppose la souveraineté alimentaire du Gabon aux règles du commerce multilatéral.
Une mesure annoncée en mai 2025 pour le 1er janvier 2027
Les autorités gabonaises ont annoncé en mai 2025 la fin des importations de poulet de chair à compter du 1er janvier 2027. L’objectif : stimuler la production locale, attirer des investissements dans l’aviculture, générer des emplois ruraux et réduire la dépendance alimentaire du pays. Un comité technique pilote la transition et prépare la filière nationale.
Un marché gabonais très dépendant des importations
Le poids économique est considérable. Selon l’OMC, les importations gabonaises de viande de volaille ont atteint 97,7 millions de dollars en 2021. En 2023, les morceaux et abats congelés de volailles représentaient environ 86,3 millions de dollars, soit 2 % des importations totales du pays. Libreville veut convertir cette dépense en opportunité pour les éleveurs, provendiers, transformateurs et distributeurs locaux.
Washington conteste devant l’OMC
Membre de l’OMC depuis 1995, le Gabon est lié par les accords d’accès à son marché. Les États-Unis ont porté le dossier devant l’Organisation. Le Conseil des ministres du 18 septembre 2026 a pris acte de cette interpellation et demandé au gouvernement une stratégie pour prévenir un contentieux. Le Gabon n’a pas été condamné : le dossier reste au stade des discussions. Le ministre de l’Agriculture, Pacôme Kossy, a assuré que la réponse juridique et diplomatique serait préparée « avec sérénité ».
Libreville invoque les flexibilités prévues pour les pays en développement
Le gouvernement gabonais étudie les marges offertes par le droit commercial international, notamment l’article XVIII du GATT, qui peut autoriser, sous conditions, des mesures de protection d’industries naissantes. L’argument est sensible : il ne s’agit pas seulement de fermer un marché, mais de permettre à une filière fragile de se structurer. Le pari reste risqué : une interdiction brutale pourrait peser sur l’offre et les prix si la production locale ne suit pas, alors que la lutte contre la vie chère reste une priorité.
Produire assez et produire mieux : le vrai défi
Fermer les frontières ne suffira pas à bâtir une filière compétitive. Le Gabon devra disposer d’éleveurs capables de produire en quantité, d’aliments accessibles, d’abattoirs et d’infrastructures de conservation adaptés, ainsi que d’un réseau de distribution efficace. La compétitivité dépendra aussi du coût de l’énergie, des intrants, du transport et de l’accès au financement. Le gouvernement dit vouloir s’inspirer des expériences du Sénégal et du Cameroun, tout en reconnaissant que chaque pays a ses contraintes et qu’aucun modèle n’est transposable mécaniquement.
Un dossier qui dépasse la volaille
Derrière les cartons de poulets congelés, deux visions s’affrontent. Washington défend ses intérêts commerciaux et le respect des règles multilatérales. Libreville revendique le droit de renforcer sa souveraineté alimentaire et de faire émerger une industrie nationale. Le calendrier est tendu : le 1er janvier 2027 approche et la stratégie juridique et diplomatique gabonaise n’est pas finalisée.
Le Gabon pourrait devenir un cas d’école : celui d’un pays qui tente de passer d’une économie dépendante des importations alimentaires à une économie capable de produire davantage pour son marché. La question n’est plus seulement de savoir si le Gabon peut interdire le poulet importé, mais s’il peut protéger temporairement sa filière sans fragiliser son approvisionnement ni s’exposer à une condamnation commerciale internationale.

