Prime record sur la tête des chefs djihadistes au Mali : Iyad Ag Ghaly en première ligne

Les autorités maliennes ont frappé fort jeudi dernier en annonçant une prime exceptionnelle pouvant atteindre 2 milliards de francs CFA pour toute information menant à l’arrestation d’Iyad Ag Ghaly, figure majeure du djihadisme sahélien. Cette mesure s’étend également à six autres responsables présumés, impliqués dans des attaques terroristes d’envergure.
Le général Daoud Aly Mouhammedine, ministre malien de la Sécurité et de la Protection civile, a lancé un appel solennel à la population : « Chaque citoyen doit se mobiliser aux côtés des forces de défense pour traquer ces criminels qui menacent notre nation ». Sept noms figurent désormais sur cette liste noire, considérée comme une priorité absolue pour la stabilité du pays.
Une riposte sans précédent contre le terrorisme

Dans un communiqué diffusé à la télévision d’État, le gouvernement a détaillé les montants alloués à chaque cible. Pour Iyad Ag Ghaly, leader du Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), alias Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), la récompense atteint 2 milliards de francs CFA. Une somme colossale qui reflète l’urgence de la situation.
Parmi les autres noms cités, Amadou Koufa, chef de la katiba Macina, et Abdoulaye Mohamed, alias Habib, se voient attribuer une prime de 1,5 milliard de francs CFA chacun. Ces deux figures, déjà bien connues des services de renseignement, sont accusées de coordonner des attaques dévastatrices dans la région.
Le quatrième nom sur la liste est Algabas Ag Intallah, personnalité politique et militaire du Front de libération de l’Azawad (FLA), dont la capture est récompensée par 1 milliard de francs CFA. Les trois autres responsables du FLA — Ghita, Bilal Chérif et Abderrahmane Al Banna — voient leur tête mise à prix pour 500 millions de francs CFA chacun.
Un contexte explosif : les attaques de Kidal et Kati
Cette décision intervient après les attaques simultanées du 25 avril menées conjointement par des éléments du JNIM et des séparatistes du FLA. L’assaut a causé la mort de Sadio Camara, ministre malien de la Défense, et plongé le pays dans une crise sécuritaire sans précédent. Les autorités n’ont pas hésité à pointer du doigt la responsabilité directe de ces sept individus dans ces événements tragiques.
Le communiqué officiel précise que les primes seront versées à toute personne fournissant des informations fiables et exploitables permettant l’arrestation ou la neutralisation des fugitifs. Une stratégie audacieuse pour briser le réseau terroriste et rétablir la sécurité nationale.
Iyad Ag Ghaly : le profil d’un chef de guerre insaisissable

Né en 1958 à Boghassa, dans la région de Kidal, Iyad Ag Ghaly est une figure complexe de l’histoire malienne. Après un passage en Libye où il a combattu sous les ordres de Mouammar Kadhafi, il revient au Mali au début des années 1990 pour fonder le Mouvement populaire pour la libération de l’Azawad (MPLA) et déclencher une rébellion touarègue.
Son parcours bascule ensuite vers l’islamisme radical. En 2007, il se rapproche du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC), devenu depuis Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). En 2012, il crée Ansar Dine, un groupe armé qui s’allie à AQMI pour imposer la charia dans le nord du Mali.
Cinq ans plus tard, il fonde le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), une coalition de groupes djihadistes maliens. Affilié à Al-Qaïda, ce mouvement est aujourd’hui l’un des plus actifs au Sahel, opérant au Mali, au Niger et au Burkina Faso.
Selon les analystes du Timbuktu Institute, Iyad Ag Ghaly est « l’homme le plus recherché du Sahel et la plus grande menace pour le gouvernement malien ». Son organisation ne se contente plus de combats militaires : elle mise désormais sur une stratégie de blocage économique, ciblant les routes, les infrastructures énergétiques et les approvisionnements pour asphyxier Bamako.
Le think tank souligne : « En paralysant l’économie, il cherche à rendre la vie impossible aux habitants pour fragiliser le pouvoir en place. Son objectif n’est pas de diriger le Mali, mais de le déstabiliser de l’intérieur ».
Un mandat d’arrêt international a été émis contre lui par la Cour pénale internationale (CPI) pour des crimes contre l’humanité et de guerre commis entre 2012 et 2013. Malgré cela, Ag Ghaly reste introuvable, opérant depuis des zones difficiles d’accès.
- Origines : Né en 1958 à Boghassa (Kidal).
- Parcours militaire : Combattant en Libye, puis au Tchad sous Kadhafi.
- Rébellion touarègue : Fondateur du MPLA et du MPA dans les années 1990.
- Radicalisation : Alliance avec AQMI en 2007, création d’Ansar Dine en 2012.
- Influence actuelle : Chef du GSIM (JNIM), auteur d’une stratégie de déstabilisation économique.
Cette prime record marque un tournant dans la lutte antiterroriste au Mali. Le gouvernement mise sur la mobilisation citoyenne pour traquer ces criminels et protéger les populations. Une course contre la montre est désormais engagée pour éviter que le pays ne sombre davantage dans le chaos.