La coalition Article 64, engagée contre la modification de la loi fondamentale en République démocratique du Congo (RDC), vient de recevoir un renfort de poids. La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) a exprimé une position tranchée en rejetant le projet de révision constitutionnelle. Pour l’institution religieuse, cette initiative vise principalement à permettre au président Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat, ce qui constituerait une entorse directe à la limitation actuelle des mandats présidentiels. L’Eglise considère que cette manœuvre politique représente un péril pour la cohésion nationale.

Un avertissement solennel face aux risques de déstabilisation

L’institution ecclésiastique prévient que toute tentative de passage en force expose le pays à des dangers majeurs, allant jusqu’à évoquer une possible balkanisation du territoire. Face à ce constat, les leaders religieux appellent les citoyens congolais à la vigilance : « Le pays traverse une période difficile, il est temps de se lever. Nous devons prendre notre destin en main pour éviter que notre avenir ne soit durablement compromis ». Au-delà de cet appel au peuple, la CENCO exhorte Félix Tshisekedi à respecter son engagement solennel de protéger la Constitution.

Cette prise de parole intervient dans un contexte tendu, marqué par l’adoption récente d’une loi référendaire au Parlement, ouvrant la voie à une consultation populaire sur la Constitution. Tout indique que l’exécutif est déterminé à poursuivre son agenda, malgré les critiques. Si le pouvoir semble ignorer ces mises en garde, la convergence entre l’Eglise catholique et les forces de l’opposition devient de plus en plus évidente. Bien que les prélats affirment ne pas faire de politique partisane, leur positionnement renforce les arguments des détracteurs du régime.

Tshisekedi face à une pression croissante

Le chef de l’État aurait tort de sous-estimer cette fronde religieuse. L’émergence de multiples fronts de contestation pourrait fragiliser son autorité et nuire à la stabilité de son pouvoir. En tant qu’actrice historique de la recherche de la paix en RDC, l’Eglise estime qu’elle ne peut rester silencieuse face à un projet jugé porteur de germes de divisions. Les prélats, en tant que membres de la communauté nationale, revendiquent leur droit de participer au débat sur l’avenir du pays.

L’embarras est réel pour Félix Tshisekedi. Ce dernier avait autrefois bénéficié du soutien de la CENCO lorsqu’il militait dans l’opposition, notamment quand l’Eglise avait contribué à freiner les ambitions de son prédécesseur, Joseph Kabila, en 2017. Aujourd’hui, la donne a changé. Alors que l’est de la RDC demeure instable et que des défis sanitaires comme l’épidémie d’Ebola persistent, la population congolaise subit déjà de lourdes épreuves. Dans ce climat de crise, une nouvelle tension politique liée à la Constitution pourrait s’avérer lourde de conséquences pour l’image et la stabilité du régime actuel.