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Sanctions onusiennes contre Corneille Nangaa : quels changements pour la RDC ?

Des mesures restrictives ont été adoptées par l’Organisation des Nations unies à l’encontre du coordonnateur de l’AFC/M23 et d’autres figures des groupes armés. Quels enjeux et répercussions pour la stabilité du pays ?

Portrait de Corneille Nangaa

Alors que la République démocratique du Congo assure la présidence tournante du Conseil de sécurité des Nations unies en ce mois de juillet, l’organe onusien a récemment adopté des sanctions à l’encontre de Corneille Nangaa, coordonnateur du mouvement rebelle AFC/M23, ainsi que d’autres responsables de factions armées actives dans l’est du pays.

Outre Corneille Nangaa, ces mesures concernent également : John Imani Nzenze, responsable du renseignement de l’AFC/M23 ; Charles Sematama, chef militaire du groupe Twirwaneho ; Gustave Kubwayo, commandant des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) ; Sébastien Kimenyi, chargé du renseignement au sein des FDLR ; et Muhammed Lumisa, commandant des Allied Democratic Forces (ADF).

Ces décisions, qualifiées de « sélectives » et « discriminatoires » par l’AFC/M23, interviennent dans un contexte où le mouvement participe activement à divers processus de recherche de la paix.

Un calendrier stratégique

L’adoption de ces sanctions ne relève pas du hasard, selon plusieurs observateurs. Le professeur Bob Kabamba, enseignant à l’Université de Liège en Belgique, y voit une tentative d’isoler l’AFC/M23 des mécanismes de paix, risquant d’entraver davantage les négociations.

« Il sera difficile d’envisager que l’ONU, après avoir pris ces sanctions, puisse continuer à œuvrer sur le terrain aux côtés de l’AFC/M23. Cela concerne aussi bien la coordination des processus de paix que la mission onusienne elle-même, qui a, à plusieurs reprises, collaboré étroitement avec ce mouvement », explique-t-il.

Pour le professeur Julien Mahatma Tazi, spécialiste en relations internationales à l’Université de Kinshasa, le choix du moment s’explique par la volonté des Nations unies de rappeler que les négociations ne doivent pas dispenser les acteurs armés de leurs responsabilités.

« La visibilité internationale de la présidence congolaise au Conseil de sécurité a maintenu la crise de l’est de la RDC au cœur des débats diplomatiques. Ces sanctions visent à renforcer la pression sur les dirigeants des groupes armés tout en soutenant les efforts de dialogue. L’objectif est double : sanctionner les individus accusés d’alimenter les violences et renforcer l’efficacité des initiatives de paix », analyse-t-il.

Selon ce dernier, ces mesures pourraient affaiblir la légitimité internationale des responsables des groupes armés, limiter leurs déplacements et, si elles sont appliquées rigoureusement par les États, réduire leur accès aux ressources financières.

La société civile exige une mise en œuvre immédiate

Dans les zones sous influence des rebelles, l’inquiétude persiste quant à l’application effective de ces sanctions. Fiston Misona, président de la Société civile de Walikale (Nord-Kivu), alerte sur ce point.

« Chaque fois que des sanctions sont prononcées, elles ne sont pas appliquées comme prévu. C’est pourquoi nous exhortons les Nations unies à tout mettre en œuvre pour que ces mesures soient appliquées sans délai à l’encontre de tous ceux qui violent les droits humains en RDC », déclare-t-il.

Il est à noter que Corneille Nangaa n’est pas une cible inédite pour les sanctions internationales : il a déjà été visé par des mesures restrictives des États-Unis et de l’Union européenne à deux reprises.