La révision de la Constitution sénégalaise provoque des remous inattendus au sein du pouvoir. Après l’adoption de la proposition de loi par l’Assemblée nationale, le président de l’institution, Ousmane Sonko, a vivement critiqué le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, l’accusant de vouloir modifier des mesures qu’il défendait lorsqu’il était dans l’opposition.

Devant les députés, Ousmane Sonko a rappelé que cette réforme constitutionnelle résulte de plus de dix années de réflexion politique, nourrie par les recommandations du dialogue national et les travaux de plusieurs commissions d’experts. Selon lui, ces engagements ne sauraient être remis en cause par les préférences d’un seul dirigeant.

« La Constitution n’appartient pas à Bassirou Diomaye Faye », a-t-il déclaré, dénonçant la volonté du président de la République de revenir sur certaines dispositions, notamment l’obligation de déclaration de patrimoine en fin de mandat et l’interdiction pour le chef de l’État de diriger un parti politique.

« On ne peut pas prendre un texte, regarder article par article et dire : non, je ne veux plus déclarer mon patrimoine à la sortie ; non, je veux être président d’un parti », a insisté le président de l’Assemblée nationale.

Selon Ousmane Sonko, cette attitude marque une rupture avec les engagements historiques du parti Pastef depuis 2014. Il a accusé le chef de l’État d’avoir commencé à « tripatouiller » le projet de réforme en ne retenant que les dispositions qui lui seraient favorables.

« Il a commencé à voir ce qui l’arrangeait et ce qui ne l’arrangeait pas, lui, président de la République », a-t-il lancé. Malgré ses critiques, Ousmane Sonko a invité Bassirou Diomaye Faye à promulguer la loi adoptée par les députés. Selon lui, le vote obtenu à la majorité qualifiée suffit à valider la révision constitutionnelle, sans qu’un référendum ne soit nécessaire.

Concluant sur une interrogation lourde de sens, il s’est demandé « Qu’est-ce qui a changé chez notre petit frère et président ? », avant d’exprimer le souhait que le chef de l’État revienne à ce qu’il considère comme les principes fondateurs de son engagement politique et respecte les promesses faites aux Sénégalais.