soutien de l’UA au Mali : Bamako obtient un appui malgré la suspension

Le président de la Commission de l’Union africaine a atterri à Bamako pour une visite officielle axée sur le renforcement des échanges entre l’organisation et le Mali. Mahmoud Ali Youssouf a réitéré l’engagement de l’UA à accompagner les autorités maliennes dans la gestion des enjeux sécuritaires persistants. Ce soutien survient malgré la suspension du Mali des instances dirigeantes de l’Union africaine depuis le putsch de 2021, une décision prise pour sanctionner la rupture de l’ordre constitutionnel et exiger un retour rapide à l’ordre démocratique.
L’organisation panafricaine refuse pourtant d’isoler Bamako, reconnaissant que la stabilité du Mali est un enjeu continental. Elle maintient ainsi une coopération active via son représentant spécial pour le Mali et le Sahel ainsi que la Mission de l’UA pour le Sahel et le Mali (MISAHEL).
l’UA face au défi de la crédibilité
Cette visite de Mahmoud Ali Youssouf vise à concrétiser la « pleine solidarité » de l’UA avec le Mali, confronté à des offensives armées répétées. Selon Alioune Tine, expert indépendant et fondateur d’Africa Jom Center, cette solidarité doit se traduire par des actions tangibles : mobilisation de troupes supplémentaires, sensibilisation des pays membres pour un appui concret, et renforcement des moyens dédiés à la lutte contre le terrorisme.
Pour lui, « il est essentiel que le président de la Commission de l’Union africaine passe des paroles aux actes en incitant les États disposant de ressources à apporter une aide directe au Mali et en coordonnant une intervention régionale renforcée ».
un équilibre fragile entre dialogue et fermeté
Malgré le rejet de l’Accord d’Alger par les autorités maliennes, l’UA persiste à privilégier les solutions politiques pour résoudre la crise. La montée en puissance de la coalition JNIM–FLA, alliée aux séparatistes du Nord, inquiète particulièrement l’organisation, qui ne valide ni les revendications ni les méthodes de ce groupe.
Aly Tounkara, du Centre des études sécuritaires et stratégiques au Sahel, souligne les limites structurelles de l’UA : « Il est illusoire d’attendre un soutien militaire ou un appui en renseignement de l’Union africaine, alors que ses membres peinent à s’accorder sur une stratégie commune, notamment face au Mali ». Il met en lumière les tensions internes et la dépendance aux financements extérieurs, freinant l’efficacité des actions potentielles.
L’UA oscille ainsi entre soutien diplomatique, défense de l’intégrité territoriale malienne et contraintes politiques internes. Cette visite marquera-t-elle un simple geste symbolique ou le début d’une implication plus marquée de l’organisation aux côtés de Bamako et des pays de l’AES ?