La France et le Maroc resserrent leurs liens lors d’une visite historique
Sébastien Lecornu, le Premier ministre français, effectue une visite officielle de deux jours à Rabat les 16 et 17 juillet 2025. Ce déplacement marque une étape clé dans le renforcement des relations franco-marocaines, après des années de tensions et de reprises successives. Accompagné d’une délégation ministérielle de haut niveau, il doit sceller des accords bilatéraux dans les domaines économique, sécuritaire et migratoire.
Cette rencontre intervient dans un contexte où Paris recentre sa diplomatie maghrébine sur le Maroc, au détriment d’Alger. Un virage stratégique qui s’est concrétisé par la reconnaissance française de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en 2024, une décision saluée par Rabat mais critiquée par l’Algérie.
Une rencontre de haut niveau pour relancer la coopération
La visite de Sébastien Lecornu s’articule autour d’un programme chargé. Après un accueil officiel avec les honneurs militaires, il s’entretiendra avec Aziz Akhannouch, le chef du gouvernement marocain. Une cérémonie au mausolée royal est prévue le lendemain matin, suivie d’une réunion d’affaires au ministère des Affaires étrangères. Plusieurs accords de coopération devraient être signés lors de cette séquence diplomatique.
Parmi les ministères représentés dans la délégation française figurent ceux des Affaires étrangères (Jean-Noël Barrot) et de l’Intérieur (Laurent Nuñez). Ce déplacement marque le premier voyage à l’étranger de Lecornu depuis sa prise de fonctions en 2025, soulignant l’importance stratégique accordée au Maroc dans la politique étrangère française.
Le Sahara occidental et la réconciliation franco-marocaine
Le rapprochement entre les deux pays s’est accéléré depuis la reconnaissance par Emmanuel Macron de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en 2024. Cette décision avait mis fin à trois années de tensions diplomatiques, marquées par des soupçons d’espionnage et des restrictions sur les visas. En octobre 2024, le président français avait été reçu en grande pompe à Rabat, scellant la réconciliation par la signature de nombreux contrats économiques.
Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam), résume cette évolution : « Les relations sont désormais excellentes, il s’agit d’en récolter les fruits. » Cette visite de Lecornu vise précisément à concrétiser ces avancées.
Une priorité diplomatique : le Maroc plutôt que l’Algérie
Paris a clairement fait le choix de privilégier le Maroc dans sa stratégie maghrébine. Comme l’explique Hasni Abidi : « Emmanuel Macron ne prend plus en considération ce souci de composer sa relation entre le Maroc et l’Algérie, dont les rapports avec la France restent fragiles. » Cette orientation s’inscrit dans une logique de bénéfices mutuels, où Rabat peut jouer un rôle d’intermédiaire pour la France en Afrique subsaharienne, notamment dans la lutte contre le djihadisme au Sahel.
Pierre Vermeren, historien spécialiste du Maghreb, ajoute : « Emmanuel Macron, qui est en fin de mandat, ne veut pas rester sur un échec au Maghreb avec l’Algérie et se tourne résolument vers le Maroc. »
Sécurité, migration et défense : les sujets phares de la visite
Les discussions entre les deux délégations porteront sur plusieurs enjeux cruciaux. Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, s’entretiendra avec son homologue marocain Abdelouafi Laftit concernant notamment la possible extradition vers la France d’Ismael Benahmed, un Franco-Marocain soupçonné d’un meurtre commis à Paris en 2019. Ce dossier illustre la reprise de la coopération judiciaire entre les deux pays.
Rabat, de son côté, salue le soutien français au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental, qui a contribué à l’adoption d’une résolution favorable à ses positions lors de l’ONU en 2025. Ce territoire, anciennement sous administration espagnole, est au cœur d’un conflit opposant le Maroc aux indépendantistes du Front Polisario, soutenus par Alger.
La visite devrait également déboucher sur des accords renforçant les investissements français au Maroc, dans un contexte où Paris cherche à diversifier ses partenariats économiques en Afrique du Nord. Après la crise des visas de 2021-2022, pendant laquelle la France avait réduit de moitié les autorisations accordées aux Marocains, Rabat s’était tourné vers d’autres partenaires européens. La normalisation actuelle ouvre de nouvelles perspectives commerciales.
Vers une visite royale en France ?
L’apogée de ce rapprochement pourrait être la visite du roi Mohammed VI en France. Les ministres des Affaires étrangères des deux pays ont annoncé en mai 2025 le principe d’un traité bilatéral « d’exception », dont la signature marquerait une étape historique. Une telle visite n’a pas eu lieu depuis mars 2000, lorsque le souverain marocain avait effectué un déplacement de trois jours pour renforcer la coopération franco-marocaine.
Un traité de partenariat pourrait ainsi être signé lors de cette occasion, consolidant une relation que les deux pays souhaitent voir entrer dans une nouvelle ère. Les négociations en cours laissent entrevoir des avancées significatives dans les domaines économique, sécuritaire et migratoire.