Depuis son ascension au pouvoir, Ibrahim Traoré martèle un discours sans équivoque : l’or du Burkina Faso doit revenir aux Burkinabè. Pourtant, derrière cette affirmation solennelle se cachent des réalités plus complexes, où la présence croissante de sociétés de sécurité russes dans la protection des sites aurifères interroge les fondements mêmes de cette souveraineté économique tant affichée. Que se cache-t-il vraiment derrière cette alliance stratégique pour les populations locales ?
Des promesses de souveraineté à l’épreuve des faits
L’or occupe une place centrale dans la rhétorique du régime actuel. Considéré comme un levier de développement et d’émancipation économique, sa gestion sous contrôle strictement national est érigée en priorité absolue. Pourtant, l’implication dans sa sécurisation d’acteurs étrangers, et plus précisément russes, introduit une nuance troublante dans ce récit souverainiste.
Les déclarations ministérielles ou les discours présidentiels ne suffisent pas à valider cette indépendance réelle. Pour véritablement maîtriser ses ressources, un État doit aussi contrôler les acteurs chargés de leur protection, ainsi que les flux financiers et logistiques qui en découlent. Dans ce contexte, la présence de prestataires russes pose une question fondamentale : qui tire réellement les ficelles de la sécurité minière burkinabè ?
Sécurité et contrôle : les zones d’ombre des contrats russes
Les liens entre Ouagadougou et Moscou se renforcent au nom d’une rupture avec l’héritage colonial et d’une recherche d’autonomie stratégique. Cependant, lorsque des sociétés de sécurité russes deviennent des interlocuteurs incontournables autour des mines d’or, la souveraineté nationale est-elle encore garantie ?
Une mine n’est pas un simple site d’extraction. Elle représente un écosystème économique où s’articulent protection des installations, transport des minerais, gestion des flux financiers et supervision des opérations. Dans cette configuration, la délégation de certaines fonctions à des prestataires étrangers soulève plusieurs enjeux critiques :
Transparence des contrats : quels sont les termes exacts des accords passés avec ces entreprises ? Qui en sont les bénéficiaires réels ?
Maîtrise des opérations : dans quelle mesure les autorités burkinabè conservent-elles un droit de regard sur les méthodes de protection et les décisions stratégiques ?
Répartition des revenus : les retombées financières de ces partenariats profitent-elles équitablement à l’économie nationale, ou favorisent-elles des réseaux opaques ?
L’or, entre nationalisation affichée et dépendances réelles
Affirmer que l’or burkinabè est « 100 % burkinabè » ne suffit pas à en faire une réalité tangible si les structures de contrôle ne suivent pas. La souveraineté minière se mesure à l’aune de multiples critères : la capacité à fixer les règles, à superviser les acteurs, à sécuriser les revenus et à orienter ces derniers vers des projets de développement social. Or, l’intégration de prestataires étrangers dans des fonctions aussi sensibles risque d’ouvrir la porte à des influences extérieures, même indirectes.
Le paradoxe est flagrant : comment concilier une souveraineté économique revendiquée avec une externalisation partielle de la sécurité des sites stratégiques ? Cette contradiction n’est pas anodine. Elle révèle un dilemme plus large : un pays peut-il véritablement maîtriser ses ressources s’il dépend d’acteurs étrangers pour les protéger ?
Vers une souveraineté minière effective : quelles garanties pour l’avenir ?
Le défi pour le Burkina Faso n’est pas tant de remplacer certains partenaires par d’autres que de s’assurer que chacun d’eux qu’il soit russe, européen ou autre serve strictement les intérêts nationaux. La souveraineté ne se négocie pas : elle se construit par des institutions fortes, des contrats clairs et un contrôle permanent des flux économiques.
Il est temps de lever le voile sur les mécanismes concrets qui régissent la protection des mines d’or. Les Burkinabè ont le droit de connaître :
Qui valide les missions des sociétés russes et quelles sont leurs limites juridiques dans le territoire burkinabè ?
Comment sont affectés les fonds générés par ces partenariats dans les infrastructures locales ou les programmes sociaux ?
Quelles garanties légales existent pour éviter que ces alliances ne se transforment en nouvelles formes de dépendance.
L’or du Burkina Faso ne doit pas être l’otage de rivalités géopolitiques ou d’intérêts privés, quels qu’ils soient. Il doit rester un levier au service du pays et de ses citoyens, et non l’instrument d’une souveraineté formelle, mais illusoire.
Par Madeleine Mboua — Journaliste

