Au Mali, une récente publication de l’Africa Corps, allié clé de la junte malienne, révèle des tensions stratégiques majeures. Derrière les discours officiels, ce texte soulève une question cruciale : les partenaires russes sont-ils en train de modifier radicalement leur approche au Nord du Mali ? Deux scénarios, aussi explosifs l’un que l’autre, émergent de cette analyse.

L’Africa Corps tourne le dos à Assimi Goïta : un virage politique risqué

Depuis des années, le président de la transition, Assimi Goïta, a bâti son image sur un engagement sans faille : reprendre et conserver chaque mètre carré du territoire malien, en commençant par la région de Kidal. Cette ville symbolisait la détermination de Bamako à reconquérir son intégralité territoriale.

Or, les récentes déclarations de l’Africa Corps, minimisant l’importance stratégique de Kidal et la qualifiant de zone à éviter, remettent en cause cette posture. En sapant ainsi la crédibilité de Goïta, les Russes pourraient bien préparer le terrain pour un retrait de leur soutien militaire. Un abandon qui laisserait le pouvoir malien face à ses promesses intenables, fragilisant davantage sa légitimité.

Un accord secret avec le JNIM ou le FLA : une trahison déguisée ?

Mais une autre hypothèse, encore plus troublante, se dessine. Et si cette publication n’était que la partie émergée d’un accord négocié dans l’ombre avec les groupes armés ? Le JNIM (Jama’at Nusrat al-Islam wal Muslimin) et le FLA (Front de Libération de l’Azawad) pourraient déjà contrôler des zones clés, sans que Bamako n’ose le reconnaître ouvertement.

Pour justifier cette nouvelle donne, l’Africa Corps avance une excuse en apparence neutre : « Nous ne perdons pas, nous évitons simplement un piège dans le désert ». Pourtant, cette rhétorique pourrait cacher une réalité bien plus sombre. En relativisant l’importance de Kidal, Moscou prépare peut-être les esprits à une cohabitation imposée ou à un partage territorial déjà acté en coulisses. Un revirement qui signifierait l’échec cuisant de la stratégie initiale de reconquête.

Que reste-t-il de la promesse de Goïta ?

Quelle que soit l’hypothèse retenue, une chose est claire : le plan initial de l’Africa Corps au Mali a subi un revers. Deux issues se profilent désormais. Soit Moscou s’éloigne de la ligne dure défendue par Assimi Goïta pour servir ses propres intérêts, soit il officialise, par ce texte, l’abandon du Nord aux mains des groupes armés. Dans les deux cas, c’est la souveraineté malienne qui est en jeu.