À l’approche de la Tabaski, le gouvernement burkinabè a pris une décision audacieuse : interdire l’exportation du bétail. Une mesure censée calmer les prix pour les consommateurs urbains, mais qui révèle des contradictions profondes et des risques économiques majeurs. Entre soutien aux citadins et appauvrissement des éleveurs ruraux, cette stratégie soulève des questions sur son efficacité réelle.
Des villes avantagées, des campagnes sacrifiées
L’objectif affiché est clair : stabiliser les prix du mouton, surtout dans les grandes villes comme Ouagadougou, pour que les familles puissent célébrer la fête sans se ruiner. Pourtant, derrière cette générosité apparente se cache une réalité brutale pour les producteurs ruraux. Ces derniers, déjà fragilisés par l’insécurité croissante, les vols répétés et la dégradation des pâturages, voient leurs moyens de subsistance encore réduits. En bloquant les débouchés vers les marchés régionaux comme la Côte d’Ivoire ou le Bénin, l’État prive les éleveurs de leurs principales sources de revenus. Résultat : une subvention déguisée des citadins, financée par l’appauvrissement des campagnes.
Un marché national suffisant ? La réponse est mitigée
Le gouvernement mise sur une saturation du marché intérieur pour faire baisser les prix. Mais cette hypothèse repose sur une vision simpliste de l’économie. La Tabaski est un événement ponctuel, et une fois les fêtes terminées, que deviendront les milliers de bêtes restantes ? Le bétail, une marchandise vivante, engendre des coûts quotidiens : nourriture, soins, etc. Sans débouchés rapides, les éleveurs risquent de devoir vendre à perte ou de voir leur bétail mourir faute de solutions. Par ailleurs, bien que les projets d’abattoirs modernes soient prometteurs, ils ne sont pas encore opérationnels pour absorber un tel afflux d’animaux.
Une stratégie qui isole le Burkina Faso économiquement
Cette décision illustre une volonté de souveraineté économique, quitte à sacrifier les accords régionaux. En coupant les exportations vers ses voisins, le Burkina Faso utilise son cheptel comme levier de pression. Cependant, cette approche comporte un danger : celui de perdre définitivement des marchés historiques. La Côte d’Ivoire, par exemple, se tourne déjà vers d’autres fournisseurs, comme la Mauritanie. Sur le long terme, le pays risque de s’isoler davantage, fragilisant une filière déjà menacée. Cette politique met en lumière les limites de l’autosuffisance immédiate au détriment de l’intégration économique ouest-africaine. Un pari risqué, qui pourrait avoir des conséquences désastreuses pour les éleveurs et l’économie nationale.