Un putsch avorté dans la capitale économique du Bénin
Dans les premières lueurs d’un dimanche 7 décembre, une poignée de militaires mutins a brièvement pris le contrôle de la télévision nationale béninoise, la SRTB à Cotonou. Affirmant avoir destitué le président Patrice Talon, ces insurgés ont tenté de s’emparer de sa résidence privée située dans le quartier Guézo, avant d’être repoussés par les forces loyales. Dès la mi-journée, la situation a commencé à se stabiliser après une intervention rapide des unités fidèles à l’État, alors que des hélicoptères survolaient la ville et que des patrouilles quadrillaient les rues. Ce coup de force, inédit depuis 1972 au Bénin, a secoué un pays longtemps considéré comme un havre de stabilité en Afrique de l’Ouest.
Le président Talon s’exprime après la crise
En fin de soirée, le chef de l’État a pris la parole lors du journal télévisé pour dénoncer une trahison d’une gravité extrême. « Cette manœuvre ne restera pas sans suite », a-t-il déclaré, tout en précisant que des civils et militaires étaient encore détenus par les mutins en fuite. Patrice Talon, qui doit quitter le pouvoir en avril 2026 après deux mandats, a appelé à la protection des citoyens et à la sécurisation totale des institutions. Malheureusement, cette tentative de putsch a déjà coûté la vie à l’épouse du général Bertin Bada, directeur du cabinet militaire du président, et blessé sa fille lors d’une attaque contre leur domicile à Abomey-Calavi.
Les autorités béninoises déjouent la manœuvre
Dès l’aube, le ministre de l’Intérieur Alassane Seidou a confirmé l’implication d’un groupuscule de soldats dans une mutinerie visant à déstabiliser les institutions. « Les forces armées béninoises sont restées républicaines et ont permis de rétablir l’ordre », a-t-il affirmé, invitant la population à reprendre ses activités normales. Le ministre des Affaires étrangères, Olushegun Adjadi Bakari, a précisé que seuls quelques éléments isolés avaient participé à cette tentative, la majorité des militaires restant fidèles au gouvernement. Plusieurs arrestations ont été opérées, dont celle d’un ancien soldat radié des effectifs.
Les mutins justifient leur action par des griefs politiques
Selon les premières investigations, les insurgés, soutenus par des éléments extérieurs, ont d’abord ciblé les résidences de hauts gradés avant de se diriger vers le palais présidentiel et la télévision nationale. Sur les ondes, ils ont proclamé la suspension de la Constitution et la dissolution des institutions, annonçant la création d’un Comité militaire pour la refondation dirigé par le lieutenant-colonel Pascal Tigri. Ce dernier a justifié son action par la volonté de mettre fin, selon lui, à une gouvernance jugée exclue et à des lois controversées, tout en dénonçant des arrestations arbitraires et des restrictions électorales.
Réactions internationales et soutien régional
Dès les premiers échanges de tirs, les ambassades des États-Unis et de France ont alerté leurs ressortissants, évoquant des tirs nourris dans le quartier Guézo. Rapidement, les forces loyalistes ont lancé une contre-offensive, sécurisant le palais présidentiel et verrouillant l’accès à la marina. Le gouvernement béninois a sollicité l’aide de l’armée Nigériane, qui a déployé avions de chasse et troupes au sol pour reprendre le contrôle de la télévision publique et d’un camp militaire occupé par les mutins.
Une région africaine sous tension
Cette tentative de putsch survient dans un contexte régional déjà fragile. Moins de deux mois après les coups d’État en Guinée-Bissau et à Madagascar, le Bénin rejoint la liste des pays ouest-africains où la démocratie est menacée par des militaires : Niger, Burkina Faso, Mali, Guinée, et à nouveau la Guinée-Bissau pour la neuvième fois depuis 2020. Face à cette instabilité croissante, les capitales africaines et internationales multiplient les condamnations.
Condamnations de l’Union africaine et de la CEDEAO
L’Union africaine a dénoncé avec fermeté cette violation de l’ordre constitutionnel, appelant les mutins à regagner leurs casernes. De son côté, la CEDEAO a annoncé le déploiement immédiat de troupes au Bénin, composées de contingents nigérians, ivoiriens, ghanéens et sierra-léonais, afin de soutenir les autorités béninoises et préserver la stabilité démocratique du pays.
Présidentielle 2026 : un contexte politique tendu
À quelques mois de l’élection présidentielle d’avril 2026, qui marquera la fin du second mandat de Patrice Talon, le pays fait face à des défis majeurs. Le nord du Bénin reste sous la menace des groupes djihadistes, responsables de la mort de 54 soldats en avril dernier. Parallèlement, une récente révision constitutionnelle, créant un Sénat et prolongeant la durée des mandats, suscite de vives critiques. Cette réforme, couplée à l’élimination du principal candidat de l’opposition, cristallise les tensions politiques et alimente les craintes d’un affaiblissement démocratique.
Les motivations des mutins, mêlant griefs politiques et frustrations au sein de l’armée, pourraient révéler des fractures plus profondes au sein du pouvoir béninois. Alors que les enquêtes se poursuivent, la question des éventuels commanditaires de cette tentative de coup d’État reste en suspens, laissant planer un climat d’incertitude sur l’avenir du pays.