Yaoundé — La question de la convocation du Conseil supérieur de la magistrature au Cameroun s’impose aujourd’hui comme un impératif national. Six ans après son dernier rassemblement, cette instance constitutionnelle reste inactive, malgré les récentes nominations ordonnées par le Président Paul Biya.
Un conseil en sommeil depuis 2020
Le Conseil supérieur de la magistrature, organe central pour la gestion des carrières judiciaires, la discipline et l’éthique des magistrats, n’a plus siégé depuis août 2020. Cette absence prolongée a des répercussions profondes sur le système judiciaire camerounais, comme l’a souligné l’avocat et défenseur des droits humains, Me Félix Nkongo Agbor Balla, dans une tribune publiée en janvier 2026.
Parmi les conséquences les plus critiques :
- L’intégration bloquée des magistrats sortis de l’École Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM) depuis six ans, les empêchant de prêter serment ou d’exercer leur fonction.
- Une pénurie alarmante de magistrats, entraînant surcharge des tribunaux, retards judiciaires et détentions prolongées sans jugement.
- Des nominations contestables dans certaines juridictions, réalisées sans l’avis préalable du conseil, pourtant obligatoire.
- Un affaiblissement de l’État de droit, avec des procédures disciplinaires paralysées et une corruption favorisée par l’absence de contrôle.
Des nominations récentes mais insuffisantes
Le 2 juin 2026, le Président Paul Biya a signé un décret renouvelant dix des quatorze membres du conseil, dont les mandats étaient arrivés à échéance depuis un an. Pourtant, cette mesure ne suffit pas à résoudre l’impasse institutionnelle actuelle.
Me Agbor Balla met en garde : « L’urgence de la tenue du Conseil supérieur de la magistrature n’est pas une option, mais une nécessité absolue ». Selon lui, le respect strict de la législation, qui prévoit deux sessions annuelles, doit être appliqué sans délai.
Un vide judiciaire aux conséquences multiples
L’inactivité du conseil a créé un vide juridique préoccupant :
- Accès à la justice retardé pour les citoyens, avec des postes vacants non pourvus.
- Détentions arbitraires et dossiers judiciaires en accumulation.
- Découragement des magistrats intègres, tandis que les dysfonctionnements favorisent les pratiques corruptrices.
Pour rétablir la confiance dans le système judiciaire, la tenue immédiate du conseil s’impose. Les Camerounais attendent une justice plus rapide, transparente et indépendante.
