La diffusion d’images inédites lors du procès de Martinez Zogo a marqué un tournant dans l’affaire qui secoue le Cameroun. Ces séquences, révélées les 1er et 2 juin devant le Tribunal militaire de Yaoundé, ont plongé l’assistance dans une émotion intense, révélant l’horreur des derniers instants du journaliste.
Une scène insoutenable devant les juges
Le 1er juin, dans l’enceinte feutrée du Tribunal militaire de Yaoundé, le silence s’est fait pesant. Sur l’écran géant, Martinez Zogo apparaît, gisant au sol, son corps meurtri par les sévices. Le sang macule ses vêtements. Ses supplications pour obtenir de l’aide résonnent dans la salle, glaçant le sang des témoins et des jurés.
L’avocat Ludovic Sabze, présent lors de la diffusion, témoigne : « Sur le plan émotionnel, c’est écrasant. Je ne crois pas être le seul à ressentir cela. »
Le lendemain, la reprise des débats confirme l’impact de ces images. Les visages sont fermés, les esprits troublés. Ces scènes proviennent du compte Google du maréchal des logis Godje Oumarou Vincent, alors en poste à la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE).
Une avancée capitale grâce à l’expertise numérique
Georges Bell Bitjoka, expert en cybercriminalité et témoin clé pour l’accusation, a joué un rôle déterminant. Ses investigations ont permis de mettre en lumière des échanges cruciaux entre les protagonistes. Maître Calvin Job, avocat de la famille Zogo, salue un travail d’une qualité exceptionnelle : « Ce rapport remet tout en perspective. Il balaye les versions officielles qui nous ont été servies jusqu’à présent. »
Il ajoute, convaincu : « Si le tribunal s’appuie sur ces conclusions, il aura déjà accompli 98 % de sa mission. »
Pourtant, une question cruciale persiste : qui a ordonné l’enlèvement et la torture de ce journaliste ? À ce stade, aucun commanditaire n’a été clairement désigné.
Des zones d’ombre persistantes
Paul Chouta, figure de la presse camerounaise, exprime son amertume : « L’expert a révélé une intensification des échanges entre Amougou Belinga et Justin Danwe entre le 18 et le 28 janvier, soit juste après l’enlèvement et avant la découverte du corps. Mais des données ont été effacées, laissant un goût d’inachevé. »
Georges Bell Bitjoka a précisé que les 18 % de données récupérées sur le téléphone de l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga ne permettent ni d’établir sa culpabilité ni de l’innocenter. Les avocats de la famille ont demandé une analyse approfondie des fichiers supprimés, notamment ceux liés aux échanges entre Justin Danwe et Amougou Belinga.
Cette requête pourrait lever une partie des mystères entourant cette affaire tragique. Le procès a été reporté au 22 et 23 juin pour permettre ces investigations supplémentaires.