À Abidjan, les nations africaines productrices de minéraux stratégiques ont scellé une alliance inédite pour transformer leurs ressources naturelles en un levier majeur de croissance économique et sociale. L’enjeu ? Capitaliser sur un patrimoine géologique estimé à 29 500 milliards de dollars, tout en structurant des filières industrielles locales et régionales pour répondre à une demande mondiale en pleine expansion.
Abidjan, capitale d’une ambition minière continentale
Des ministres africains des Mines, de l’Énergie et de l’Industrie, accompagnés de représentants de la Commission de l’Union africaine, de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) et de banques régionales, ont participé à une conférence ministérielle majeure. Leur objectif : redéfinir le rôle de l’Afrique dans l’échiquier mondial des ressources stratégiques, en privilégiant une exploitation durable et une création de valeur locale.
Un tournant décisif pour l’exploitation minière africaine
Sidi Ould Tah, président de la Banque africaine de développement (BAD), a lancé un appel solennel à repenser radicalement la gestion des ressources naturelles sur le continent. « Cette conférence doit marquer un virage stratégique : passer d’une logique d’exportation brute à une économie intégrée, où chaque étape de la chaîne de valeur profite aux populations africaines », a-t-il déclaré lors de l’ouverture.
Parmi ses priorités : la transformation locale des minerais pour maximiser les retombées économiques, le renforcement des infrastructures et la recapitalisation des institutions financières africaines, dont le poids actuel ne représente qu’1 % des financements mondiaux du développement.
La Côte d’Ivoire mise sur son sous-sol pour son décollage économique
Le ministre ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, a souligné l’importance d’une coopération panafricaine pour exploiter ces ressources de manière optimale. « Aucun pays ne peut réussir seul dans cette course. Nous devons unifier nos forces pour bâtir des chaînes de valeur régionales compétitives », a-t-il plaidé.
Avec près des trois quarts de son territoire propices à la découverte de minéraux critiques, la Côte d’Ivoire se positionne comme un acteur clé. Le pays mise sur un plan ambitieux (2026-2040) pour devenir une économie à revenu intermédiaire supérieur d’ici 2030, s’appuyant sur un investissement de 38 000 milliards de francs CFA, principalement porté par le secteur privé.
Un trésor minéral colossal face à une demande mondiale en ébullition
L’Afrique détient près de 30 % des réserves mondiales des minerais essentiels à la transition énergétique : cobalt, lithium, graphite, terres rares, cuivre, manganèse et nickel. Pourtant, seulement 12 % de cette richesse est actuellement exploitée. Les besoins futurs sont vertigineux : la demande en lithium pourrait exploser de 842 % d’ici 2040, celle en métaux du platine de plus de 1 000 %.
La transformation de ces ressources en produits finis (batteries, véhicules électriques, technologies vertes) pourrait générer jusqu’à 59 000 milliards de dollars d’ici 2050, selon les projections.
L’urgence d’une industrialisation africaine
Face à cette opportunité historique, les dirigeants réunis à Abidjan ont réaffirmé leur rejet du modèle traditionnel d’exportation de matières premières. Leur vision : créer des emplois locaux, maîtriser les technologies et bâtir une prospérité partagée grâce à une industrie minière africaine enfin souveraine.