Everest Finance a procédé, le jeudi 10 septembre à Dakar, au lancement officiel de Sama Naffa, sa plateforme d’épargne conçue comme un levier d’inclusion financière. L’objectif affiché est clair : élargir la collecte de fonds auprès des ménages sénégalais en abaissant les barrières à l’entrée. Avec un ticket d’accès fixé à 1 000 FCFA (soit environ 1,77 dollar), l’établissement entend séduire une clientèle qui, jusqu’à présent, reste majoritairement en marge des circuits bancaires traditionnels. Ce positionnement intervient dans un contexte où les mécanismes d’épargne collective, au premier rang desquels les tontines, structurent encore profondément l’allocation financière des foyers.

Un dispositif hybride mêlant digital et agents de terrain

Sama Naffa s’appuie sur une architecture à double dimension : un service numérique couplé à un réseau d’agents physiques. Ces derniers ont pour mission d’assister les utilisateurs lors de l’ouverture de compte et de les accompagner dans l’appropriation de l’outil, notamment pour les populations peu habituées aux interfaces bancaires mobiles. Ce modèle mixte vise à contourner les écueils des solutions exclusivement digitales en Afrique de l’Ouest, où la fracture numérique continue de limiter l’adoption au-delà des grands centres urbains.

Le nom choisi, qui renvoie en wolof à la notion de bourse ou de cagnotte personnelle, inscrit le produit dans un référentiel culturel familier. Ce choix marketing n’est pas fortuit : Everest Finance cherche ainsi à se démarquer des offres bancaires classiques en s’appuyant sur la continuité avec les pratiques d’épargne informelle, tout en offrant les garanties d’un opérateur agréé. Cette approche rejoint celle d’autres acteurs de la microfinance et de la fintech régionale qui parient sur la vernacularisation de leurs services pour élargir leur clientèle.

Au Sénégal, la tontine demeure un pilier incontournable

La mobilisation de l’épargne des ménages sénégalais reste un défi structurel. Une part importante des flux financiers circule via des mécanismes communautaires informels, échappant ainsi aux statistiques officielles et au financement de l’économie formelle. Les autorités monétaires régionales, notamment la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), encouragent depuis plusieurs années le rapatriement de ces ressources vers des circuits régulés, condition sine qua non pour approfondir le système financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).

Dans ce contexte, l’arrivée d’un produit à faible ticket d’entrée cible directement les segments non bancarisés ou sous-bancarisés : travailleurs de l’économie informelle, jeunes, femmes actives dans le commerce de détail. La concurrence pour la collecte s’intensifie avec la montée en puissance du mobile money porté par les opérateurs télécoms et la diversification des institutions de microfinance déjà présentes dans le pays.

Un déploiement progressif au-delà de Dakar

Everest Finance prévoit une extension par étapes en dehors de la capitale. Cette prudence géographique découle des contraintes logistiques inhérentes au modèle d’agents de proximité, dont la rentabilité dépend de la densité du maillage et du volume moyen collecté par point de service. La réussite de Sama Naffa reposera sur sa capacité à convertir des habitudes d’épargne existantes en dépôts formels, sans altérer l’expérience de flexibilité qu’offrent les circuits communautaires.

L’enjeu dépasse la seule performance commerciale de l’établissement. En captant l’épargne populaire, ce type de plateforme contribue à alimenter le crédit à l’économie et à améliorer les indicateurs d’inclusion financière suivis par les régulateurs régionaux. Il reste à démontrer, sur la durée, que le modèle hybride tient ses promesses face à des utilisateurs sensibles aux frais et à la disponibilité immédiate de leurs fonds. La montée en charge dans les mois à venir donnera un premier aperçu de l’appétence du marché pour une épargne formalisée à petits pas. Everest Finance envisage de poursuivre le déploiement du dispositif au-delà de Dakar dans les prochaines phases.

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