Pourquoi l’alliance entre le JNIM et le FLA menace-t-elle la junte du Mali ?

Combattants de la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) patrouillant dans la ville de Kidal lors d'un congrès pour la fusion des mouvements

Les attaques simultanées menées par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et le Front de libération de l’Azawad (FLA) ce week-end ont ébranlé Bamako et plusieurs villes maliennes, révélant une coordination inédite dans le conflit. Cette alliance entre djihadistes et séparatistes touaregs, autrefois ennemis, marque un tournant dans la crise sécuritaire au Sahel.

Les deux groupes, aux objectifs idéologiques opposés, ont uni leurs forces pour cibler un adversaire commun : la junte militaire au pouvoir. Une collaboration qui soulève des questions sur la stabilité du Mali et ses répercussions régionales.

Les frappes coordonnées ont touché des zones stratégiques, de la capitale aux régions septentrionales, démontrant une capacité opérationnelle renforcée. Cette mutation du paysage sécuritaire pourrait redéfinir l’équilibre des forces dans le pays.

Des groupes aux visions radicalement différentes

Le JNIM, affilié à Al-Qaïda, cherche à instaurer un ordre islamique transnational à travers des attentats et la guérilla. En revanche, le FLA, mouvement séparatiste touareg, revendique l’autonomie de l’Azawad, une région du nord du Mali.

Historiquement, ces deux entités se sont affrontées pour le contrôle territorial. Pourtant, leur alliance actuelle repose sur une complémentarité tactique : le FLA apporte une légitimité locale et une connaissance approfondie des réseaux communautaires, tandis que le JNIM fournit une puissance de feu et une logistique transnationale.

Cette coopération, bien que fragile, s’inscrit dans une logique d’opportunisme stratégique pour affaiblir l’État malien. Les analystes soulignent que cette alliance n’est pas sans précédent, rappelant des rapprochements similaires observés au début des années 2010.

Une alliance contre-nature mais efficace

Les divergences idéologiques entre les deux groupes sont profondes : l’un prône l’indépendance d’un territoire, l’autre l’instauration d’un califat. Pourtant, leur union ponctuelle a déjà démontré son efficacité.

Selon Emmanuel Odilon Koukoubou, chercheur au Civic Academy for Africa’s Future (CiAAF), cette alliance rappelle celle conclue en 2012-2013 entre le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et des groupes djihadistes. Une collaboration qui avait alors permis de chasser les forces maliennes du nord du pays, avant de s’effondrer sous le poids des rivalités internes.

« Le FLA et le JNIM partagent un ennemi commun : l’État malien. Leur coopération vise à semer le doute au sein du pouvoir et à fragiliser la junte », explique le politologue.

La junte malienne sous pression

Rebelles touaregs du Front de libération de l'Azawad (FLA) circulant à bord de pick-ups à Kidal

Les récents événements ont révélé les faiblesses du régime. L’assassinat de Sadio Camara, ministre de la Défense et figure influente de l’armée, lors d’une attaque ciblée à Kati, illustre la vulnérabilité de la junte.

Pour Alioune Tine, fondateur du think tank Afrikajom Center, cette attaque marque un tournant : « C’est le cœur même du pouvoir politique et militaire qui a été visé. La mort de Camara est une catastrophe pour le régime. »

L’absence de communication du président pendant 48 heures a alimenté les spéculations, tandis que le Premier ministre a tenté de rassurer en soulignant la nécessité d’adapter la réponse sécuritaire face à l’asymétrie des menaces.

Emmanuel Odilon Koukoubou ajoute : « L’assassinat du ministre révèle une faille majeure dans le dispositif sécuritaire. La junte est désormais exposée, même dans ses bastions. »

Un risque d’isolement et d’effet domino

Le Mali, en rupture avec plusieurs partenaires occidentaux, s’appuie désormais sur la Russie et ses alliés au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). Cependant, cette dépendance ne suffit pas à garantir sa stabilité.

« Le régime malien est fragilisé. Ses options de soutien extérieur sont limitées. Le risque est celui d’un isolement accru, qui pourrait précipiter son affaiblissement », avertit Koukoubou.

Pour Alioune Tine, la menace dépasse les frontières du Mali : « L’effondrement du Mali risque de provoquer un effet domino dans toute la sous-région. »

Il appelle à une stratégie régionale urgente : « La priorité absolue est désormais d’élaborer rapidement une réponse collective. Sans cela, il n’y a pas d’issue. Les dirigeants doivent organiser un sommet extraordinaire sur la sécurité de la sous-région. »

« Il faut mettre les égo de côté et construire une souveraineté sécuritaire partagée. Nos destins sont liés. »