Un cortège historique de 950 camions-citernes, transportant des milliers de tonnes d’hydrocarbures, a finalement atteint Bamako. Cette arrivée salvatrice met fin à des semaines de pénurie qui paralysaient l’économie malienne. Les stations-service, assiégées par des files d’attente interminables, voient enfin leurs réservoirs se remplir. L’escorte militaire, assurée par les Forces armées maliennes (FAMa), a permis à ce colis vital d’échapper aux embuscades tendues par les groupes armés sur les routes stratégiques. Une victoire symbolique pour un gouvernement de transition déterminé à prouver sa résilience face à la crise.

Une crise énergétique qui étrangle le quotidien des maliens

Depuis trois mois, le Mali subit une crise d’approvisionnement sans précédent. Les attaques ciblées contre les convois de carburant, notamment sur l’axe Kayes-Bamako et la route ivoirienne, ont réduit à néant les livraisons. Résultat : des stations-service vides, des prix enflés sur le marché noir et une activité économique au ralenti. Transports en commun, écoles et petites industries subissent de plein fouet les conséquences de cette raréfaction. Le pays, privé d’accès à la mer, dépend entièrement des ports de Dakar, Abidjan, Lomé et Conakry pour ses importations de produits pétroliers. Une dépendance qui coûte cher, surtout quand les corridors deviennent des zones de combat.

Les groupes armés, en ciblant les citernes, transforment une simple crise logistique en enjeu de souveraineté. Le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) a revendiqué plusieurs de ces attaques, soulignant la fragilité d’un système où chaque litre de carburant doit franchir des zones à haut risque.

L’armée malienne prend le contrôle des routes du pétrole

Pour acheminer ces 950 camions jusqu’à Bamako, les autorités ont déployé un dispositif sécuritaire exceptionnel. Les FAMa, renforcées par des appuis aériens, ont sécurisé le trajet depuis la frontière sud. Une première : l’État malien s’immisce directement dans la protection des convois d’hydrocarbures, une mission jusqu’ici confiée aux transporteurs privés. Une stratégie coûteuse qui alourdit les délais et les prix à la pompe, mais qui illustre l’urgence de sécuriser les axes vitaux.

Cette militarisation des corridors pétroliers révèle aussi les limites des opérations militaires menées dans le centre et le nord du pays. Malgré les partenariats renforcés avec Moscou via l’Africa Corps, la menace des groupes armés persiste. L’objectif ? Rétablir une circulation fluide sur les grands axes, mais les résultats tardent à se concrétiser.

Le Mali dans la tourmente des économies sahéliennes

La crise malienne dépasse les frontières. Le Burkina Faso et le Niger, alliés au sein de la Confédération des États du Sahel (AES), partagent les mêmes vulnérabilités. Une perturbation prolongée des corridors ouest-africains menace l’équilibre régional : flambée des prix alimentaires, coupures d’électricité (produite au gasoil), et ralentissement de l’activité minière, moteur économique de la zone. L’arrivée du convoi à Bamako apporte un répit temporaire, mais ne résout pas les défis de fond : insécurité persistante, dépendance aux ports étrangers et absence de réserves stratégiques.

Les autorités évoquent des projets de constitution de stocks tampons et de développement d’une filière de raffinage locale. Des solutions de long terme qui ne répondent pas à l’urgence actuelle. Chaque convoi acheminé reste un symbole de la bataille que mène le Mali pour sa survie économique.