Paul Biya lors d'une de ses dernières apparitions publiques au Cameroun, à l'occasion de la visite du pape Léon XIV en avril 2026. Il est entouré de responsables camerounais et de son épouse, la Première Dame Chantal Biya.

Le président camerounais Paul Biya, figure emblématique de la politique nationale et absent de la scène publique depuis près de deux mois, a récemment orchestré un remaniement au sein de l’armée. Cette décision intervient alors que les inquiétudes grandissent concernant son séjour prolongé à l’étranger.

Âgé de 93 ans, le chef de l’État a procédé à des nominations stratégiques à des postes clés de la défense, et a également promu cinq colonels au rang de général de brigade.

Une tradition de remaniements stratégiques

Ces ajustements au sein des forces armées ne sont pas une nouveauté sous l’administration Biya. Ils surviennent fréquemment lors de périodes de forte pression populaire ou de perception de fragilité politique.

Par le passé, des mesures similaires ont été prises. Il y a trois ans, suite à un coup d’État inattendu au Gabon voisin qui avait secoué la dynastie Bongo et résonné à travers le continent, le Cameroun avait immédiatement réorganisé son commandement militaire.

De même, alors qu’il visait un huitième mandat controversé lors de la dernière élection présidentielle, le président Biya avait remanié les hauts gradés de l’armée. En juin dernier, il avait également élevé plusieurs membres des forces de défense et de sécurité à des grades supérieurs.

Les circonstances entourant ces toutes dernières modifications ont particulièrement alimenté les discussions, notamment sur les plateformes de médias sociaux.

Un séjour prolongé en Suisse qui suscite le débat

Ces décrets de nomination ont été signés par Paul Biya lundi, depuis Genève, en Suisse. C’est dans cette ville qu’il réside depuis son départ du Cameroun le 7 juin, pour ce que son entourage avait qualifié de « bref séjour privé ».

Au Cameroun, de nombreuses voix se sont élevées pour critiquer le manque d’informations sur ses activités et l’incertitude planant sur la durée de son voyage. Après les élections de l’année précédente, le président avait promis de former un nouveau gouvernement, une promesse qui n’a toujours pas été honorée. Le poste de vice-président, créé en avril dernier, reste également vacant.

Durant son absence de près de 60 jours, le président Biya a néanmoins signé plusieurs autres décrets, incluant l’autorisation pour son gouvernement de contracter des accords de prêt avec des institutions financières internationales.

Son éloignement a ravivé les spéculations sur son état de santé, bien que le gouvernement ait constamment démenti toute hospitalisation. Il y a deux ans, des organisations de défense de la liberté de la presse avaient d’ailleurs exprimé leur indignation suite à l’interdiction faite aux médias camerounais de rapporter sur la santé du chef de l’État.

René Emmanuel Sadi, ministre camerounais de la Communication, a affirmé que le président était en vie et qu’il serait bientôt de retour au pays. Il a également rejeté les allégations de l’opposition selon lesquelles l’absence du dirigeant nonagénaire créerait une vacance à la tête de l’État, insistant sur le fait que Paul Biya continuait d’exercer ses fonctions depuis Genève.

Cependant, pour Mamadou Mota, vice-président du parti d’opposition CRM, l’absence prolongée du président Biya engendre un « vide institutionnel flagrant » au Cameroun. « Le pouvoir exécutif doit s’exercer au cœur de la nation, et non par des signaux de fumée ou par télépathie depuis des suites d’hôtel à l’autre bout du monde », avait-il déclaré le mois dernier.