En Centrafrique, un bras de fer silencieux se joue entre la présidence locale et le Kremlin. Alors que le président Touadéra semble privilégier le maintien du groupe Wagner, Moscou pousse pour l’installation définitive d’Africa Corps. Pourtant, pour les civils, ce changement de nom ne semble être qu’une façade masquant une réalité tout aussi brutale.
Un changement de modèle financier, mais une violence constante
La distinction majeure entre les deux entités réside dans leur mode de financement. Si Wagner se rémunérait par une exploitation directe et massive des richesses minières du pays, Africa Corps impose une facture mensuelle colossale estimée à 10 milliards de francs CFA. Pour la population de Centrafrique, le constat est amer : peu importe l’organisation, les exactions et les massacres demeurent le quotidien, seul le chèque change de main.
Le miroir malien : un avertissement pour Bangui
L’exemple du Mali, où Africa Corps a succédé à Wagner après la disparition d’Evguéni Prigojine, sert de sombre présage. Les espoirs d’une pacification ont rapidement laissé place à la désillusion. Des témoins ayant fui vers la Mauritanie affirment qu’il s’agit des mêmes hommes et des mêmes méthodes. La seule évolution notable est structurelle : Africa Corps opère sous la tutelle directe du ministère russe de la Défense, ce qui engage théoriquement la responsabilité de l’État russe dans chaque acte commis.
Une machine de guerre opaque et multinationale
Bien que rattachée officiellement à Moscou, l’organisation reste entourée de mystère. Les effectifs, estimés à 2000 soldats au Mali, ne sont pas exclusivement russes. Des recrues venant de Biélorussie et de divers pays africains composent également les rangs de cette force paramilitaire. Sur le terrain, cette diversité n’adoucit pas les mœurs, les récits de pillages et d’exécutions sommaires se multipliant.
Témoignages d’une terreur persistante
Les récits de survivants sont glaçants. À Kurmare, des mères comme Fatma pleurent des enfants abattus lors d’incursions violentes. Les « hommes blancs » y sont décrits comme des prédateurs, s’emparant des biens et de la vie des villageois sans distinction. La communauté Peule, souvent stigmatisée, subit une pression insoutenable, prise en étau entre les groupes armés et les paramilitaires russes.
La stratégie employée s’apparente à celle de la terre brûlée. Dans certains villages, toute personne croisée devient une cible potentielle. Les interrogatoires sont rares, les exécutions immédiates. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux et des témoignages oculaires rapportent des actes de barbarie extrême, incluant des mutilations sur des cadavres de civils.
Un bilan humain difficile à chiffrer
Si certaines statistiques suggèrent une baisse apparente du nombre de victimes civiles, les experts onusiens restent prudents. Le climat de terreur et le risque de représailles incitent les populations au silence. En Centrafrique comme ailleurs, l’identification formelle des auteurs de crimes de guerre reste un défi majeur, alors que les familles continuent d’être déchirées par une instabilité chronique.